lundi 5 octobre 2009

La Polyphonie intercontinentale de Monsieur Séguin





GENERIQUE

Bien que ce texte de « fiction expérimentale » en forme de « fiction flash » soit signé par moi, il est polyphonique — fruit d’une longue maturation et d’une collaboration d’écriture que ce générique détaille :

Conception narrative initiale: GILBERT AL BASOSILA, Kinshasa.
Texte initial : GILBERT AL BASOSILA & JEAN-PIERRE JIMI YUMA, Kinshasa.
Texte de sampling : CAROLYN JEAN HART (version originale américaine extraite de son roman Aurora) & JEAN-PIERRE JIMI YUMA (traduction française avec la permission et la participation de l’auteur), Cambridge, Massachusetts, USA.
Reconception narrative & texte définitif: JEAN-PIERRE JIMI YUMA, Cambridge ; Kinshasa (avec GILBERT AL BASOSILA) ; et Washington, D.C.

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1. Moya. Une coquille et l’on obtient « moyo »—le cœur, l’âme, l’amour. Mais limiter la latéralité. Limiter les associations d’idées. De mots. Nous en tenir à l’hypothèse de travail. Hypothèse de travail : les tribulations de Monsieur Séguin ; et incidemment, la saga de Floribert Tingatombola—ou plutôt Floribert Tingatombola qu’on voit ici en saga terrestre terminale : dans son cercueil fermé, avec tout autour des mouches bourdonnantes que les pleureuses aux voix éteintes de douleur tuent avec des chasse-mouches dont elles se sont munies ; de grosses mouches attirées par le cadavre en décomposition ; de grosses mouches dont le bourdonnement est mis en sourdine par la voix cassée du jeune prêcheur des deuils éructant des imprécations tonitruantes : « Puisque les Ecritures disent : il adviendra un temps où les gens crieront famine ; ils entendront la Parole de Dieu mais ne l’écouteront point ; en ce moment où tu peux encore entendre la voix de Dieu, il faut en profiter pour l’écouter ; c’est le moment de saisir la foi par les cornes ; afin que tu puisses être insufflé de la Vie ; puisque la Vie est dans la Parole de Dieu ; c’est pourquoi les Ecritures disent ceci : celui qui est avec Jésus a la Vie ; celui qui manque Jésus n’a pas de Vie ; mais le courroux de Dieu est déjà sur lui ; O mon frère, O ma sœur ; pour que tu sois épargné de la grande colère de Dieu, Christ te dit : viens vivre dans ma Parole ! »… Comme quoi : Monsieur Séguin, c’est la paire de bottes du ci-devant macchabée Floribert Tingatombola, mort noyé dans la Rivière Kalamu parce que c’était la nuit, qu’il avait plu, que les égouts et les systèmes d’évacuation des eaux ayant disparu de nos villes avec le départ des Belges après l’Indépendance cha-cha-cha il y a donc des inondations à chaque pluie — à ces occasions pluvieuses, la Rivière Kalamu se gonfle sans crier gare en une crue éclair meurtrière, et que notre comparse était dans un état d’ébriété avancée... On ne sait pourquoi Floribert avait surnommé ces bottes Timberland pourries Monsieur Séguin. On savait tous qu’il avait tiré ce nom d’un coin sombre de sa mémoire. De notre mémoire collective. Notre mémoire d’écoliers. On savait que Floribert avait tiré son « Monsieur Séguin » de notre anthologie de textes littéraires qu’on ânonnait à l’école. Ce nom provient des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet. Tant qu’il y était, il pouvait tout aussi bien surnommer sa pourriture « Drouot » car, dans notre anthologie, juste après La Chèvre de Monsieur Séguin, il y avait L’Examen du jeune Drouot. Eh oui, Francophonie oblige : l’apprentissage du français passe par les grands-prêtres de la langue… même si on n’a que foutre de l’histoire de la France et de ses grands personnages.


2. Mbili. Cette paire de bottes Timberland aura tout vu. En voici la chronique condensée. Achetées par Joseph Boylston un après-midi d’automne à Tarbeck, une ville goudronnée encaissée dans les contreforts des Rocheuses du Colorado, elles finissent cinq années plus tard à titre de don au Thrift Store de l’Armée du salut de la même ville. On ne saura comment ces bottes auront réintégré le circuit de l’échange capitaliste ou de la coopération nord-sud. Tout ce qu’on sait, c’est que M. Séguin s’est retrouvé un jour dans un grand ballot d’autres souliers de seconde main au grand marché de Kinshasa, sur l’étal de Johnny Gordon, le spécialiste des articles de seconde main appelés « tombola », qui l’a acheté chez le grossiste libanais du coin de l’Avenue du Commerce toute proche. Floribert Tingatombola se trouvait justement ce matin-là à l’étal de son ami Johnny Gordon lorsque ce dernier avait éventré le gros ballot de chaussures cabossées en provenance des Etats-Unis : des chaussures ravagées par les intempéries et les pieds de leurs anciens propriétaires, certaines aux pointures inégales ; des bottes d’hiver, des bottes de pluie, des tongs, des sandales, des chaussures de clowns, des baskets, des sabots de bois et des chaussures de golf… Comme Floribert Tingatombola était bon copain avec Johnny Gordon, il bénéficia d’un prix de rabais : 10 dollars pour M. Séguin qui n’avait jamais eu de bonheur dans les rues de Kinshasa !


3. Tatu.— la terre ceignant le vert de tarbeck, le point sur l’iris de la pupille, un i, une ville; un coup de vent hurlant; un mur de vent se fondant dans des corniches en dents de scie; des vagues roulant hurlant — vertes ! — se fondant dans la croûte des champs, écorces grimpantes — chauves blanches — des peupliers de virginie, solides dans leurs nœuds ramassés en fortes nervures; feuilles striées, acérées, vénéneuses, épines piquantes rouges — rouge bordeaux; crêtes, langues de cuir, courroies, ondulations de pins, accordéons d’écorces, coups de sève, bois rouge, boucles de roseaux à motif chinois, graines, granules, brins, embruns soufflés à travers le point d’un i; un siècle de constitution, de construction; une colline, une place forte surplombant la désolation d’une arcade sourcilière, les contours d’une tête; les contours d’un cerveau, un épigramme, une ébauche magnifiée sous les lumières et la chaleur, une région à explorer — en train d’être explorée — morceau de carton, le plan d’une pièce, océanographie, cartographie, carte, mappemonde, topographie, météo — conditions fondamentales! — une chambre: une main d’enfant s’agitant dans un coin; la fillette agitant la menotte dans une mitaine, son souffle traçant des hologrammes condensés — dehors; une langue gelée, articulant des mots, au moment où la main de la fillette et le livre élémentaire se touchent, se caressent; la menotte qui maintenant est sans mitaine, fourrée dans une poche — un blouson rouge; la colline, une ville; — un endroit où renfield a collectionné des papillons, un millier de siècles durant, dans sa chambre; le point sur un i, tarbeck —


4. Ine. De Tarbeck au Cimetière de Kinkole à Kinshasa où trône M. Séguin sur la tombe de Floribert Tingatombola, il y a tout un bail. Toute une distance. Tout un monde. Tout un océan de vicissitudes. On peut encore voir sur le corps meurtri de M. Séguin les traces des coups de marteaux, de couteaux acérés, d’aiguilles perçantes de tous les cordonniers de Kinshasa. Si M. Séguin a passé cinq hivers pourvoyant chaleur et sécurité « pédestres » à Joseph Boylston, mort l’hiver dernier dans un accident de ski sur une pente escarpée près de Tarbeck — ville goudronnée encaissée dans les contreforts des Rocheuses du Colorado, il a continué pendant six années interminables à prêter fidèlement ses services à Floribert Tingatombola … On est d’ailleurs en droit de se demander si M. Séguin aurait eu l’honneur de trôner sur la tombe de Joseph Boylston à Tarbeck—ville goudronnée encaissée dans les contreforts des Rocheuses du Colorado. On est d’ailleurs en droit de se demander si M. Séguin est mort avec Floribert Tingatombola. C’est un ami, point au fait du recyclage, qui a eu l’idée de poser M. Séguin sur la tombe de Floribert Tingatombola, le condamnant ainsi à une mort, une inutilité précoces. Après tout, s’était dit cet ami, pourquoi Floribert Tingatombola avait-il choisi et donné un nom à son unique paire de chaussures si ce n’était pour dire qu’il y avait une profonde filiation entre lui et ces Timberland putrescentes… Mais Stanislas Kunda — le fossoyeux tout-terrain du Cimetière de Kinkole, détourneur et déplaceur de tombeaux, et bon copain avec La Fossoyeuse — jure avoir entendu un jour M. Séguin, le mokoto de feu Floribert Tingatombola, pousser un gros soupir d’ennui…

1 commentaires:

BALVINDER KUMAR a dit…

Thanks for visiting my blog and making encouraging comments about my paintings. Yea, it's true that the name has not been written on these paintings but i will very soon write my name on those paintings. Thanks for observing paintings so closely. Sorry I couldn't read your blog as this is not in English language.