mercredi 14 mai 2008

Fatwa sur l’Evêque d’Isangi par Hans Christian Andersen entreposé



Note :
Caché entre les interstices de la campagne de diffamation lancée par les bourlingueurs de nos forêts contre Mgr Camille Lembi, Evêque d’Isangi (Province Orientale de la RDC), se trouve un lien hypertextuel qui renvoie au conte de Hans Christian Andersen de 1861 intitulé « L’Evêque de Børglum et ses guerriers »--conte dont je n’ai pas pu trouver une traduction française en ligne (s’il s’avère qu’une personne en connaît une, qu’elle ait bien l’amabilité de me la signaler). Lu à travers la grille de cette attaque ad-hominem contre ce prélat congolais par des bourlingueurs sans foi ni lieu, ce conte de Hans Christian Andersen prend l’ampleur d’une véritable fatwa... Ces pirates veulent-ils donc nous faire croire que Mgr Camille Lembi est un homme d’iniquité comme Mgr Olof Glob, horrible personnage de la satire anti-catholique et anti-papale de Hans Christian Andersen ? Si oui, qu’ils nous fournissent donc des preuves au lieu des imputations dommageables contre le prélat congolais qu’ils étalent sur leur blog… Voici ma traduction de ce conte tour à tour lugubre, sanglant et radiant. La photo ci-haut provient du billet sur l’Evêque d’Isangi posté sur le blog de ces nouveaux bourlingueurs de la forêt vierge (dont la traduction française est affichée sur le blog d’Alex Engwete). Que l’on ne se méprenne point sur mon propos : je ne défends pas un prélat catholique, mais un compatriote qu’on voudrait interdire de circuler dans son propre pays.

L’Evêque de Børglum

de

Hans Christian Andersen

(1861)

Notre scène se déroule dans le Jutland septentrional, dans ce qu’on appelle la « lande sauvage ». On entend ce qu’on appelle l'«ouest-wah-wah »—l’étrange grondement de la Mer du Nord lorsqu’elle s’écrase contre la côte occidentale du Jutland. Il roule et rugit dans une rumeur qui pénètre à des milles dans la campagne, et nous sommes bien près du rugissement. Devant nous s’élève un monticule de sable—une montagne que nous avons aperçue depuis longtemps, et vers laquelle nous cheminons, progressant lentement au travers du sable profond. Sur cette montagne de sable se trouve une vielle et imposante bâtisse—le couvent de Børglum. Dans l’une de ses ailes (la plus grande) il y a encore une église. Et nous voici maintenant arrivés dans ce couvent tard dans la soirée, loin à travers champs et landes jusques à la Baie d’Aalborg, à travers lande et prairie, et fort loin de la mer profonde bleue.

Nous y voilà maintenant, et roulant entre granges et d’autres bâtisses de ferme, et à gauche nous nous détournons du côté de la Ferme du Vieux Château, où les tilleuls se dressent en rangs devant les murs, et, à l’abri du vent et des intempéries, croissent avec une telle luxuriance que leurs brindilles et leurs feuilles cachent presque les fenêtres.

Nous grimpons l’escalier en colimaçon de pierre, et nous marchons à travers de longs couloirs sous des poutres épaisses. Le vent sanglote très étrangement ici, à la fois au-dedans qu’au dehors. On ne sait comment, mais les gens racontent—oui, les gens racontent beaucoup de choses lorsqu’ils sont effrayés et veulent en effrayer d’autres—ils racontent que les vieux choristes morts glissent silencieusement à nos côtés pour s’engouffrer dans l’église, où la messe se chante. Ils peuvent être entendus dans le tumulte de la tempête, et leur chant remue d’étranges pensées dans l’esprit des auditeurs—des pensées des temps immémoriaux dans lesquels nous nous replongeons.

Sur la côte un navire s’est échoué, et les guerriers de l’évêque sont là, et n’épargnent point ceux que la mer a épargnés. La mer nettoie le sang qui a coulé des crânes fendus. Les biens égarés appartiennent à l’évêque, et il y a une réserve de biens ici. La mer rejette des bacs et des barriques pleins de vin précieux pour les caves à vin du couvent, et dans le couvent se trouve déjà une bonne réserve de bière et d’hydromel. Il y a foison dans la cuisine—du gibier et de la volaille, jambons et saucisses, et des poissons engraissés nagent dans l’étang dehors.

L’Evêque de Børglum est un seigneur omnipotent. Il a de grandes possessions, mais en désire ardemment davantage—tout doit faire révérence devant le puissant Olof Glob. Son riche cousin à Thyland est mort, et sa veuve s’apprête à jouir d’un riche héritage. Mais comment se fait-il qu’un parent est toujours plus dur envers un autre que même des étrangers le seraient ? Le mari de la veuve avait possédé tout Thyland, à l’exception de la propriété de l’église. Son fils n’était pas à la maison. Dès l’adolescence il s’en était déjà parti en voyage, car son désir était de voir les terres étrangères et les étrangers. Pendant de longues années il n’y eut aucune nouvelle de lui. Il se pourrait qu’il reposât depuis longtemps dans une tombe, et ne revînt plus jamais chez lui, en vue de régner là où sa mère régnait alors.

« Qu’avait donc une femme à faire avec le règne ? » dit l’évêque.

Il convoqua la veuve devant un tribunal, mais qu’y gagna-t-il ? La veuve n’a jamais désobéi à la loi et était dans ses droits légitimes.

Monseigneur Olaf de Børglum, quelle est ton intention ? Qu’as-tu écrit là sur ton lisse parchemin, le scellant avec ton sceau, et le confiant à des cavaliers et des serviteurs, qui galopent au loin, très loin, vers la ville du Pape ?

C’est le temps de la chute des feuilles et des échouages des navires, et bientôt l’hiver glacial surviendra.

Par deux fois l’hiver glacial était revenu avant que l’évêque n’accueillît les cavaliers et les serviteurs chez eux. Ils revinrent de Rome avec un décret papal—un interdit, ou une bulle, contre la veuve qui avait osé offenser l’évêque pieux. « Maudite soit-elle et maudit soit tout ce qui lui appartient. Qu’on l’expulse de la congrégation et de l’Eglise. Que nul n’étende la main pour l’aider, et que ses amis et parents l’évitent comme peste et pestilence ! »

« Ce qui ne fléchit pas doit se briser » dit l’Evêque de Børglum.

Et tous abandonnèrent la veuve, mais elle s’attacha solidement à son Dieu. Il est son aide et son défenseur.

Seule une servante—une vieille bonne—lui resta fidèle, et avec cette vieille servante, la veuve elle-même suivait la charrue, et la culture croissait, bien que le sol eut été maudit par le Pape et l’évêque.

« Toi fille de la perdition, je n’ai point encore atteint mon but ! » s’écria l’Evêque de Børglum. « Maintenant je vais étendre la main du Pape sur toi, et te convoquer devant le tribunal qui te condamnera ! »

C’est alors que la veuve attela les deux derniers bœufs à son chariot, et monta dans le chariot, avec sa vieille servante, et voyagea au loin à travers la lande à l’extérieur du territoire danois. Comme étrangère elle arriva en pays étranger, où une langue étrangère se parlait et où des nouvelles coutumes dominaient. Plus loin et toujours plus loin elle voyagea, là où les collines vertes s’élèvent en montagnes, et la vigne habille leurs versants. D’étranges marchants roulent et passent à ses côtés, et ils surveillent anxieusement leurs chariots chargés de marchandise. Ils ont peur d’une attaque des partisans armés des chevaliers-larrons. Les deux pauvres femmes, dans leur humble véhicule tiré par deux bœufs, voyagent intrépidement à travers la route encaissée et à travers la forêt lugubre. Et les voici maintenant en Franconie. Et là les rencontra un vaillant chevalier, avec à sa traîne un cortège de douze partisans armés. Il s’arrêta, contempla l’étrange véhicule, et interrogea les femmes sur la destination de leur voyage et le lieu de leur provenance. L’une d’elles mentionna alors Thyland au Danemark, et parla de ses tristesses, de ses malheurs, qui allaient bientôt prendre fin, car ainsi le voulait la Divine Providence. Car le chevalier étranger était le fils de la veuve ! Il se saisit de sa main, l’embrassa, et la mère pleura. Pendant des années elle avait été incapable de pleurer, mais elle s’était seulement mordue les lèvres jusqu’à ce que le sang s’en écoula.

C’est le temps de la chute des feuilles et des échouages des navires, et bientôt l’hiver glacial surviendra.

La mer roula des bacs de vin sur le rivage pour la cave à vin de l’évêque. Dans la cuisine rôtissait le daim sur la rôtissoire devant le feu. A Børglum, il faisait chaud et gai dans les salles réchauffées, pendant que l’hiver froid sévissait dehors, lorsqu’on apporta une nouvelle à l’évêque. « Jens Glob, de Thyland, est rentré, et avec sa mère ». Jens Glob intenta une plainte contre l’évêque, et le convoqua devant la cour temporelle et spirituelle.

« Cela lui sera sans grand effet », dit l’évêque. « Autant mieux abandonner tes efforts, chevalier Jens ».

Encore une fois, c’est le temps de la chute des feuilles et des navires échoués. L’hiver glacial survient à nouveau, et les « abeilles blanches » essaiment et piquent le visage du voyageur jusqu’à ce qu’elles fondent.

« Temps vif aujourd’hui ! » disent les gens en entrant.

Jens Glob se dresse si bien enveloppé dans ses pensées qu’il brûle légèrement le bord de son ample habit.

« Toi évêque de Børglum », s’exclame-t-il, « Je m’en vais te subjuguer après tout ! Derrière le bouclier du Pape, la loi ne peut t’atteindre, mais Jens Glob t’atteindra ! »

Puis il écrit une lettre à son beau-frère, Olaf Hase, à Sallingland, et prie ce chevalier de le rencontrer la vieille de Noël, à la messe, dans l’église à Widberg. L’évêque lui-même dira la messe, et par conséquent voyagera de Børghum à Thyland, et ça, Jens Glob le sait.

Landes et prairies sont couvertes de glace et de neige. Les marais porteront cheval et cavalier, l’évêque et ses hommes de main. Ils chevauchent par un raccourci, à travers les roseaux agités, où le vent râle tristement.

Souffle ton cor d’airain, toi corniste vêtu de fourrure renard ! il résonne gaillardement dans l’air clair. Ainsi chevauchent-ils par lande et tourbière—par ce qui est le jardin de la Fée Morgane l’été chaud, quoique maintenant glacial, à l’instar de toute la contrée—vers l’église de Widberg.

Le vent souffle aussi son cor—le soufflant plus fort et toujours plus fort. Il le souffle en une tempête—une terrible tempête—qui s’en va s’amplifiant. Vers l’église ils chevauchent, aussi vite qu’ils le peuvent sous la tempête. L’église se dresse ferme, mais la tempête se précipite sur champ et tourbière, sur terre et mer.

L’évêque de Børglum atteint l’église, mais Olaf Hase ne le pouvait guère, de quelque manière qu’il put chevaucher. Il voyage avec ses guerriers du côté le plus éloigné de la baie, de sorte qu’il puisse aider Jens Glob, maintenant que l’évêque sera convoqué devant le siège du jugement du Très Haut.

L’église est le hall du jugement, l’autel est la table de conseil. Les lumières brillent clairement sur le cuivre lourd du candélabre. La tempête lit l’acte d’accusation et la sentence, grondant dans l’air par tourbière et lande, et par-dessus le roulis des eaux. Aucun ferry ne peut voguer sur la baie par un temps pareil.

Olaf Hase fait halte à Ottesworde. Là, il congédie ses guerriers, leur présente leurs chevaux et harnais, et prend congé d’eux afin qu’ils chevauchent chacun chez soi pour saluer sa femme. Il a l’intention de risquer sa vie seul dans les eaux rugissantes, mais ils vont témoigner pour lui que ce n’est pas de sa faute si Jens Glob se dresse seul sans renfort dans l’église à Widberd. Les guerriers fidèles ne vont pas le quitter, mais le suivent dans les eaux profondes. Dix d’entre eux sont emportés, mais Olaf Hase et deux des plus jeunes hommes atteignent la rive la plus éloignée. Ils ont encore quatre milles à chevaucher.

Il est minuit passée. C’est Noël. Le vent est tombé. L’église est illuminée; la radiance luisante rayonne à travers les embrasures des fenêtres, et se déverse sur la prairie et la lande. La messe est depuis longtemps finie, le silence règne dans l’église, et on entend la cire tomber des cierges sur le dallage de pierre. Et c’est maintenant qu’arrive Olaf Hase.

Dans l’avant-cour Jens Glob le salue aimablement et dit,

« Je viens d’arriver à un accord avec l’évêque ».

« Que dis- tu là ? » répliqua Olaf Hase. « Alors ni toi ni l’évêque ne sortira vivant de cette église ».

Et l’épée bondit du fourreau, et Olaf Hase porte un coup qui atteint le panneau de la porte de l’église, que Jens Glob avait précipitamment fermé entre eux, et le fait voler en éclats.

« Attends, mon frère ! Ecoute d’abord ce qu’est l’accord que je fis. J’ai tué l’évêque et ses guerriers et prêtres. Ils n’auront plus un mot à dire sur l’affaire, ni plus jamais je ne parlerai de toutes les injustices que ma mère a endurées ».

Les longues mèches des lumières de l’autel chatoient rouge, mais il y a un chatoiement plus rouge encore sur le dallage, là où sont étalés l’évêque le crâne fêlé et ses guerriers morts autour de lui, dans le silence de la nuit sainte de Noël.

Et quatre jours plus tard le glas sonne pour les funérailles au couvent de Børglum. L’évêque assassiné et les guerriers et prêtres massacrés sont exposés sous un catafalque noir, entouré de candélabres ornés de crêpe. Ci-gît l’homme mort, dans sa cape noire brodée d’argent ; la crosse d’évêque dans sa main impotente qui fut autrefois si puissante. L’encens s’envole en volutes, et les moines chantent l’hymne funèbre. On dirait une plainte—on dirait une sentence d’ire et de condamnation, qui doit être entendue au loin sur toute la contrée, transportée par le vent—chantée par le vent—la plainte qui est parfois silencieuse, mais ne s’éteint jamais, car toujours et encore elle s’élève en chant, chantant même à notre époque la légende de l’Evêque de Børglum et son dur neveu. Elle est entendue dans la nuit noire par le cultivateur effaré, conduisant sur la lourde route sablonneuse devant le couvent de Børglum. Elle est entendue par l’auditeur insomniaque dans les salles aux murs épais à Børglum. Et point seulement à l’oreille de la superstition sont audibles le soupir et le piétinement des pas empressés dans les longs couloirs résonnant d’échos menant à la porte du couvent depuis longtemps scellée. La porte semble s’ouvrir, et les lumières semblent s’enflammer dans les chandeliers d’airain ; les effluves d’encens s’élèvent ; l’église étincelle dans son ancienne splendeur, et les moines chantent et disent la messe sur le corps de l’évêque assassiné, qui gît là dans son noir manteau brodé d’argent, avec la crosse d’évêque dans sa main impotente ; et sur son pâle front fier reluit la blessure rouge tel le feu ; et là brûlent l’esprit temporel et les pensées malfaisantes.

Abîmez-vous dans sa tombe—dans le néant—vous formes terribles des temps anciens !

Ecoutez la furie du vent en colère, résonnant au-dessus de la mer grondante ! Une tempête approche dehors, réclamant à haute voix des vies humaines. La mer n’a point lancé un nouveau vent avec le temps nouveau. Cette nuit est un horrible gouffre pour dévorer les vies, et demain, peut-être, ce sera un miroir translucide—tout comme dans le temps ancien que nous avons enterré. Dors gentiment, si tu peux dormir !

C’est matin maintenant.

Le temps nouveau projette le soleil dans la salle. Le vent se maintient encore puissamment. Un naufrage est annoncé—comme dans le vieux temps.

La nuit, là-bas près de Løkken, le petit village de pêcheurs avec des toits de tuile rouge—on peut le voir ici de la fenêtre—un navire s’est échoué. Il a touché un haut-fond, et il est solidement incrusté dans le sable, mais un lance-amarre a jeté un cordage à bord, et formé un pont de l’épave à la terre ferme, et tous à bord sont sauvés et touchent terre, et sont enveloppés de couvertures chaudes, et aujourd’hui ils sont invités à la ferme, au couvent de Børglum. Dans des salles confortables ils y trouvent de l’hospitalité et des visages amiables. On leur parle dans la langue de leur pays, et le piano résonne pour eux de mélodies de leur pays natal, et avant que celles-ci ne finissent, l’accord a été fait, le fil de la pensée qui atteint le pays des souffrants annonce qu’ils ont été sauvés. Leurs angoisses sont alors dissipées, et ils se joignent même à la danse dans la fête donnée dans le grand hall à Børglum. Des valses et des danses styriennes sont données, et les chansons populaires danoises, et les mélodies des terres étrangères dans ces temps modernes.

Béni sois-tu, temps nouveau ! Parles-tu d’été et des tempêtes plus pures ! Envoies-tu des rayons solaires dans nos cœurs et nos pensées ! Qu’elles soient dépeintes sur tes toiles luisantes—les légendes sombres des rudes moments difficiles qui sont passés !