- Victoire! dit Alain Zola en se jetant sur le siège avant à côté du chauffeur de la vieille Toyota Corolla.
Le ciel crépusculaire bas avait tout d’un coup viré à l’encre et un grand vent grondait, ramassant tout sur son passage, entraînant dans un tourbillon d’ouragan les tôles des étals du Parking Moelaerts.
Il allait pleuvoir des cordes sur Kinshasa. A tout moment. Le genre d’orage qu’il valait mieux qu’il vous trouvât à la maison.
Un éclair déchira le ciel noirci et explosa. Un autre éclair réverbéra en flashes consécutifs dans le ciel noir mais son roulement fut lointain. Dans les rues engorgées par des véhicules, ces violents coups de tonnerre provoquèrent la débandade parmi les passants qui couraient maintenant dans tous les sens. Des gens se battaient pour entrer dans les quelques taxis-bus disponibles. Un début de congestion commençait sur l’Avenue du 24 Novembre en direction de Selembao. Cette voie-là était un goulot d’étranglement même en temps normal. Des automobilistes s’insultaient. Grande rumeur faite de coups de klaxons, de cris et du hurlement assourdissant du vent. De grosses gouttes de pluie percutaient déjà lourdement les tôles du véhicule.
- Monsieur, c’est un taxi pour Matete, fit le chauffeur sans bouger.
- Course expresse…
- Où précisément, à Victoire ?
- Avenue Oshwe… sur Kasavubu…
- Six mille francs…
- Trois mille.
- Six mille. C’est ce qu’auraient payé mes cinq clients pour Matete. A prendre ou à laisser…
- Okay, allons-y…
A ce moment, deux hommes ouvrirent la portière arrière de la voiture pour y prendre place.
Le chauffeur se retourna et leur dit :
- Sortez et refermez la portière. C’est une course expresse.
Les deux hommes, dépités, ressortirent de la voiture et claquèrent la portière.
- Imbécile ! hurla le taximan. Claquer la portière de cette façon, t’as une voiture, toi ?
- Salaud ! cria l’un des deux hommes comme la voiture embrayait.
- Connard ! jeta Alain en se retournant sur les deux hommes éconduits, ce qui lui valut d’avaler un grand coup de sable.
- Es-tu officier militaire ? lui demanda le taximan, en le dévisageant.
Alain allait dire à l’homme de la fermer et de se concentrer sur la route où la circulation devenait chaotique. Mais il se retint, de peur de se voir éjecté du taxi. Par ce temps qui se gâtait, le chauffeur n’aurait aucun mal à ramasser d’autres clients. Alain se résigna donc à jouer le jeu du chauffeur.
- Comment as-tu deviné ? dit-il au chauffeur, qui semblait tout content d’avoir tapé juste.
- Ta voix, mon frère, ta voix ! C’est Mobutu tout craché ! Une voix de commandement.
Alain savait qu’il venait de pénétrer dans la jungle inextricable de la Radio-Trottoir, avec le chauffeur comme guide muni de sa machette pour y tailler un sentier. On ne pouvait échapper à la Radio-Trottoir dans ce pays devenu une grande ruche bourdonnante de rumeurs qui se faisaient et se défaisaient d'elles-mêmes. Selon la Radio-Trottoir elle-même, le pays tout entier est devenu un grand repaire d’affabulateurs parce que Mobutu avait nationalisé et monopolisé tous les moyens d’information. Le peuple avait alors inventé la Radio-Trottoir pour relayer par le bouche à oreille des informations produites par lui-même. Mais elle s’est métastasée, notre Radio-Trottoir. Et on trouve aujourd’hui dans la nouvelle classe de politiciens « post-conflit » et de grands commentateurs de télévision d’anciens « parlementaires debout », présentateurs du live de la Radio-Trottoir sur la Place Victoire, qui ont déjà plus d’une fois causé—avec leurs informations invérifiables—émeutes, paniques et pillages. On ne s’étonnera donc pas de voir un présentateur inviter sur le plateau de télé aux heures d’écoute familiale un politicien accusant le président de la république d’avoir détourné des fonds et acheté « pour 20 millions de dollars Neverland, la propriété de Michael Jackson qui se trouve en Floride » aux côtés d’un jeune prophète prédisant l’issue des élections présidentielles sur la base du rêve de la statue de fer aux pieds d’argile du livre biblique de Daniel. On est tous égarés dans la jungle de la Radio-Trottoir, se dit Alain avec un sourire en coin, tout en s’inquiétant de la conduite du chauffeur qui venait de couper en cahotant par une station-service afin d’éviter l’embouteillage qui se profilait au Rond-Point Moelaerts sur l’Avenue Kasavubu.
- Ta voix, répéta le chauffeur, c’est Sesskoul tout craché ! Ah, Mobutu, le Grand Léopard ! L’Aigle de Kawele ! Tu sais sans doute ce qui s’est passé chez lui à Kawele, n’est-ce pas ?
- Non, fit Alain qui s’étonnait de n’avoir jamais entendu celle-là.
- T’as été en mutation dans un trou perdu de l’intérieur ou quoi ? dit le chauffeur, scandalisé. Tu ne connais pas l’histoire de ton pays ? Comme on dit, l’histoire se répète, monsieur l’officier. Et au rythme avec lequel le petit Kabila se conduit, l’histoire se répétera pour lui un jour… Voici l’histoire. Autour de la période de la Conférence Nationale Souveraine—toutes ces insultes des politiciens ingrats, tourne-casaques et le tout-venant politicailleur—eh bien, Mobutu en était profondément meurtri. Putains de politiciens qui un jour lui volent son argent et lui crachent sur la figure le jour d’après… Des mensonges que ces gens peuvent inventer—des mensonges sortant de leurs sales bouches pleines de français ! C’est pourquoi j’aime le petit Kabila—on dit qu’il est un yuma, un idiot, un corniaud, okay ? Eh bien, monsieur l’officier, moi je te dis ceci : j’aimerais plutôt voir aux affaires un corniaud comme le petit Kabila que ces politiciens avec le français plein la gueule qui sont allés étudier dans les grandes écoles européennes avec des bourses d’étude de l’Etat et qui reviennent dans leur pays tuer pères, mères, sœurs et frères pour la motete, pour l’oseille… Des mensonges que ces gens peuvent vous raconter sans rire ! Des mensonges comme ceux de Dominique Sakombi Inongo ! Grand ministre de l’information de Mobutu ! Tout l’argent et les avantages de fonction du monde—le porte-parole de Sesskoul !—le chien couchant de Mobutu ! Ah, Mobutu, quelle pitié ! On dit que Mobutu est mort du cancer de la prostate, moi je dis que toute maladie a une cause. Et la cause du cancer de Mobutu, c’est la trahison de Sakombi ! Ah, quand le vent du changement souffle, ces gens lèvent le doigt en l’air pour connaître la direction du vent—et qu’est-ce qu’ils font alors ? Ils tournent eux aussi : des girouettes !—comme ça là, clac !
Le chauffeur claqua des doigts et enchérit :
- Le vent du changement souffle et pirouette soudaine : ce gars, Sakombi, en deux temps trois mouvements tourne casaque et devient Frère-en-Christ Dominique Sakombi—un prédicateur, un prêcheur, un prophète avec des prêchi-prêcha pleins la bouche. Mais pour prêcher, pour être accepté comme un vrai Chrétien né de nouveau il y a un hic, n’est-ce pas ? C’est comme dans la magie noire—ou la Rose-Croix—ou toute autre secte des sciences occultes—ou même dans notre sorcellerie tribale. Il y a toujours un hic—
Le récit était si riche qu’Alain, emporté par ses méandres, s’indigna contre lui-même quand il s’entendit poser la question :
- Quel est le hic ?
L’embouteillage avait si bien grandi que ce n’était qu’à ce moment-là qu’ils arrivaient au niveau de l’Usine de Panification de Kinshasa. Et la pluie tombait maintenant drue.
Le taximan jeta un regard en direction de l’Avenue Saïo et suggéra :
- Restons sur l’Avenue Kasavubu. C’est embouteillé mais c’est mieux.
- Okay, fit Alain.
- Je n’aime pas Saïo. Et bientôt il fera nuit. C’est un coupe-gorge la nuit. C’est l’allée des katakata et des braqueurs de voitures. Ces criminels sont tous des soldats, sans vouloir t’offenser et avec tous mes respects, monsieur l’officier. Comment expliquer ça autrement ? Juste au tournant de Saïo, c’est le quartier général de la police ! Comment peut-on expliquer cette infestation du banditisme sur Saïo à quelques mètres du quartier général de la police ? Il y a aussi ces clochards qui vivent dans le cimetière désaffecté à côté de l’église kimbanguiste. Il y a maintenant des femmes bandites parmi ces clochards de l’ancien cimetière de Kasavubu, elles opèrent nues pour bien terroriser leurs victimes ! Les katakata, mon Dieu ! moi je dis que ce sont des escadrons de la mort—qui sont comme les Hiboux du Terminator sous Mobutu. Ce pays a été maudit par les ancêtres ! On doit avoir fait quelque chose d’horrible !
- Tu parlais de Sakombi et du hic, interrompit sans ménagement Alain, qui craignait arriver à destination sans avoir entendu le fin mot du récit, maintenant que la voie se dégageait un peu.
- Ah oui ! Le hic, c’est le troc, monsieur l’officier. Le troc ! Tu veux devenir sorcier et avoir tout ce pouvoir de vie et de mort sur les gens, eh bien, tu dois donner un ou deux membres de ta famille pour être mangés par ta fraternité ou ta sororité de sorciers. Tu veux devenir rosicrucien ou adhérer à une quelconque secte des sciences occultes, idem : tu sacrifies un membre de ta famille. Tu veux devenir prêtre catholique et avoir ce pouvoir de communion avec Dieu et d’écoute des secrets des gens dans les confessionnaux, simple comme bonjour : finie la fornication pour toi—tu ne niques plus—en d’autres mots, tu sacrifies ta bitte à Dieu—en d’autres mots, tu ne te masturbes même plus ! Tu veux devenir prêcheur comme Sakombi et avoir ce pouvoir sur les gens et leur argent, rien de plus simple : tu dois commencer par un « témoignage », dans lequel tu mets ton cœur à nu et cela abjectement devant les gens à qui tu vas prêcher. Pour abréger l’histoire, comme Mobutu l’a dit lui-même, « devant la tempête et l'ouragan de l’histoire mûr ou pas mûr le fruit tombe quand même », l’Aigle de Kawele est dans une déprime profonde, il ne donne plus d’argent à personne, ne veut plus voir personne—pas même Ngbanda le Terminator, pas même ses propres enfants—la seule personne au monde qu’il peut tolérer à ses côtés, c’est notre propre « mwana mboka » Jean-Pierre Bemba, l’« igwe ». Il y a des mauvaises langues qui disent que c’est Bemba qui a subtilisé tout l’argent de Mobutu par sorcellerie. Je commence à croire ces gens, moi. Comment expliquer qu’on n’ait pas retrouvé la fortune de Mobutu en Suisse ? Où est-ce que Bemba a trouvé tout ce blé pour s’acheter des avions ? L’homme a envoûté l’argent de Mobutu... Bon, Mobutu est en train de tomber comme le fruit devant l'ouragan de l'histoire, il se retire chez lui, et certaines personnes voient leur portefeuille se rétrécir comme peau de chagrin. Sakombi se retrouve donc sans le sou du jour au lendemain. Puis, il se rend compte tout à coup que l’argent circule, là, sous ses yeux. Il se dit : pourquoi devrais-je être sans le sou alors que les rues sont pleines de yumas avec l’argent qui leur démange les poches ? Sakombi fait maintenant face à son propre hic. Il doit donner quelque chose, monsieur l’officier. Quelque chose doit être donnée ! Le hic devient fort compliqué pour Sakombi quand il se rend compte qu’il n’a rien d’original à donner à ces yumas avec l’argent qui leur démange les poches et qui sont prêts à le jeter aux pieds du prêcheur qui a un bon récit ! C’est pas facile, je te dis, fabriquer une autobiographie frappante de toutes pièces. On doit se rendre à l’évidence : ces imbéciles qui ont l’argent à jeter par la fenêtre ont déjà entendu toutes sortes et manières de salades qui commencent toujours par l’illumination soudaine sur la route de Damas.
Le taximan s’interrompit un moment pour rire tout son soûl. Alain remarqua que la pluie diminuait d’intensité.
- J’ai été frappé par ta lumière, O Dieu ! renchérit le chauffeur, qui continuait à rire. Les gens en ont assez de ces scénarios plats qui ont tous le même gabarit : vie de péché, avec beaucoup de fornications et autres menus forfaits, l’accident sur la route de Damas ; puis un parcours rude mais enrichissant sur la voie étroite d’une vie sainte. Si tu rappliques ces jours-ci avec un récit aussi ennuyeux, ta voie sera vraiment étroite—tu ne verras pas le miroitement des lampadaires de l’autoroute menant au paradis ! Alors notre ministre de l’information—non, sous Sesskoul on les appelait « commissaires d’Etat », les ministres, et les députés, « commissaires du peuple » ! Et le titre de Sakombi, c’était Commissaire d’Etat à l’Orientation Nationale ! Sesskoul était un génie, je te dis. Où est-il allé chercher ces mots ? Un autre mot : il remplace les prénoms par des « postnoms » ! Et « abacos » donc, que j’ai même une fois vu dans le Larousse… Dans tous les cas, Sakombi, qui n’a pas de récit à offrir, va en confectionner un—n’a-t-il pas étudié dans une grande université européenne ? N’est-il pas le premier d’entre les premiers à passer par une grande école européenne ? Attends donc voir comment il va faire son « orientation » des yumas qui veulent parler en langues. Il commence donc son témoignage et dit : Mobutu m’a égaré ! Quoi ? Pas du tout original, me diras-tu, et tu auras parfaitement raison. Qui n’a pas été égaré par Mobutu dans ce pays ? Nous avons tous été égarés par Mobutu. Beaucoup de ces gens avec le français plein la bouche ont été égarés par Mobutu et sont revenus pleurnicher à ses pieds aussitôt qu’ils se retrouvaient désargentés. Pense à Nguz a-Karl Ibond—quel nom ! cet homme a bien concocté son nom lors de l’Authenticité de Sesskoul… Nguz a même écrit un livre détaillant les malfaisances du Grand Léopard et de son clan à la Banque Centrale. Donc, jusque-là personne n’est impressionnée par le « Mobutu m’a égaré » de Sakombi. Mais attends, parler ou écrire, c’est comme cuisiner un bon plat, non ? Il faut savoir ajouter du pili-pili et d’autres épices et le tour est joué. Et savoir laisser mijoter aussi… Voici donc Sakombi qui met sa toque de grand cordon bleu : « Mobutu m’a fait adhérer à une secte indienne des sciences occultes ! » Là, pardon ! les yumas s’arrêtent pour prêter l’oreille. Voici donc un filon prometteur de diamants. Alors il rajoute sans y regarder de plus près de la curcumine : « j’avais chez moi un boa constrictor qui était aussi ma dame-de-nuit, ma Mami Wata—O frères et sœurs, je vous épargnerai les choses infâmes que je faisais avec ce boa, sauf vous dire qu’après avoir fait l’amour avec mon boa constrictor, il me vomissait alors des tas et des tas de liasses de billets de dollars ! » Tu sais quoi ? Je crois que Sakombi a piraté son histoire de la Mami Wata dans les peintures de Chéri Samba ou de ces tableaux de Mami Wata qu’on voit dans presque tous les salons de Kinshasa. Ah, Sakombi ! C’est le défaut des grands cuisiniers, ils ne goûtent plus à leurs propres sauces. Et une catastrophe culinaire est si vite arrivée ! Comme dans la chanson « Washington » de Le Karma Pa.
Le taximan interrompit son récit pour chanter l’extrait de la chanson :
Depuis bayebisaki yo oyebi kolamba
Omekaka susu mungwa te, Butshi
Le chauffeur fredonna quelques mesures de plus de la chanson avant de reprendre le fil de son récit :
- Tu sais ce qui m’a le plus fait pitié dans cette histoire de Sakombi ?
Croyant peut-être que cette question du taximan requerrait une réponse, Alain fit :
- Non.
- Eh bien, il y a eu des gens pour croire aux balivernes de Frère-en-Christ Dominique Sakombi Inongo, « orienteur national » sous le régime du Grand Léopard, et aujourd’hui—
- L’un des patrons de la Haute Autorité des Médias.
- N’est-ce pas triste ? La HAM est, si je puis dire, l’instance suprême pour réguler le flot de la vérité dans le pays, et qui met-on à sa tête ? Un « orienteur universel », c’est-à-dire un menteur total et absolu !
Le chauffeur énonça la dernière partie de sa phrase en martelant son volant du plat de la main, klaxonnant par mégarde. Le taxi se trouvait maintenant pris dans l’écoulement au goutte-à-goutte du goulot d’étranglement qui s’était formé sur la Place Victoire désertée par les policiers de roulage. Le crépuscule allait basculer dans la nuit.
- N’est-ce pas triste ? répéta le taximan. Il n’y a pas eu de catastrophe culinaire comme on pouvait s’y attendre. Tout le monde a gobé la sauce trop salée du cordon bleu Sakombi. On a même léché le fond des plats de cette sauce immangeable de Sakombi. Fait incroyable, Sakombi s’est même trouvé un éditeur pour publier son paquet de mensonges ! C’est alors que Sesskoul a décidé de quitter Kinshasa pour de bon. Il s’est alors retiré chez lui dans sa résidence de Kawele. L’Aigle solitaire de Kawele. Miné par sa colère contre Sakombi, Sesskoul développe le cancer de la prostate. Voilà… On dit que ses belles villas avec leurs pagodes chinoises sont à l’abandon aujourd’hui… Mais si tu vas un jour visiter la villa de Kawele, je te conseille de ne pas t’aventurer dans le réseau des caves de la résidence. C’est là où le Grand Léopard gardait ses diams et toutes sortes de pierres précieuses. C’est là que rôde le fantôme de Mobutu. A la chute de Sesskoul, ses propres frères ngbandis sont allés piller ses résidences. Tu sais quoi ? Ils ne sont jamais descendus dans les caves, parce qu’ils savaient que Mobutu avait des gwa, des fétiches trop forts qui feraient transporter son fantôme de Rabat à la colline de Kawele. Mais il y a eu quelques Ougandais stupides—les mercenaires de Jean-Pierre Bemba—qui entendirent parler des richesses de Mobutu dans les caves de Kawele. Ils y sont descendus et on n’a plus jamais revu ces bandits. Aujourd’hui, aux crépuscules brumeux, on peut voir l’Aigle de Kawele, les épaules affaissées, rôder lentement à reculons autour de ses villas, jetant un regard tout à la fois vigilant et méprisant sur la bande de politiciens ingrats qui dînaient comme des goinfres à sa table et qui l’ont poignardé dans le dos avec leurs gros paquets de mensonges… Voici l’Avenue Oshwe, monsieur l’officier.
Le chauffeur se rangea sur le côté. Tout en réglant sa course, Alain fit remarquer :
- Vraiment, mon frère, tu as un don de conteur.
- Je ne conte pas des histoires, monsieur l’officier, s’énerva le taximan. Je t’ai raconté une partie de l’histoire de ton pays que tu ignorais. Merci pour le pourboire…
- De rien, conduis prudemment mon frère, Dieu te protège !
Il avait cessé de pleuvoir. Bizarrement, les haut-parleurs d’une nganda toute proche répandaient dans l’air moite de la nuit naissante la rumba de la chanson « Washington » de Le Karma Pa.



