vendredi 28 mars 2008

Maudits alléluias auroraux























Je me tourne vers le plafond troué pour regarder Dieu bien en face et je ricane : « Viens donc me prendre, Dieu d’Israël, j’ai tué Mwa Kapinga, qui a cessé de me respecter depuis qu’elle est devenue commerçante et sœur-en-Christ ! Viens ! Regarde mes mains : du sang, son sang, et pandémonium dans la pièce. Suis mon regard… au tour de ce sorcier de môme qui criaille, je vais l’étrangler de mes mains nues. Tu ne m’en empêcheras pas ! »



Je sors de ce cauchemar en sursaut. Quel cauchemar ! Quel putain de môme laid aux traits d’un golem ! L’alléluia de Mwa Kapinga explose à nouveau dans la chambre exiguë, se répercute sur le toit dans un grondement métallique.


Je me frotte les paupières. Dans la pénombre, je distingue le profil de Mwa Kapinga. Elle est assise au coin du lit, la tête recouverte d’une kitambala : la femme doit porter un voile avant de se prosterner devant Dieu—un précepte de sa maudite église du réveil. Des talibans à la manque...qui oublient d'enseigner l’autre précepte de Dieu : la femme doit respect et obéissance à son mari. Essayez toujours de prêcher ça à Mwa Kapinga et elle enverra son propre Bishop au diable vauvert !


- Alléluia ! hurle-t-elle de plus belle, puis sa voix retombant d’un cran, elle enchérit pourtant avec la même stridence. O Dieu tout puissant ! Pense aux orphelins, aux damnés, aux pauvres, aux victimes du tsunami et à ceux de tes enfants souffrant ou mourant dans notre pays—victimes de la maladie, de la violence et de l’injustice. Car tu as dit, tu as dit à tes enfants : Je vous donnerai la paix, je vous tirerai de votre misère, j’aurai des projets de paix et de bien-être pour vous si vous persistez dans la voie des justes. Car tu as aussi dit : je sais les pensées que j’ai pour vous, des pensées de paix et non de mal, pour vous donner finalement une bonne espérance… Alors Dieu, guide tes enfants, montre-leur ta voie, illumine notre étroit sentier avec la lumière éblouissante de ta Parole…


Un silence. Mais je sais parfaitement bien qu’il ne s’agit que d’une accalmie momentanée dans la longue prière syncopale, qui bientôt allait atteindre le final aigu de la contemplation émerveillée de l’amour infini de Jésus Christ.


Je me prépare donc au tsunami qui va frapper. Je rentre la tête sous l’oreiller pour me couvrir les oreilles. Futilité des futilités !


Le final ne tarde pas à se briser, telle une vague d’une mer en furie, contre l’oreiller sous lequel je me cache :


- Alléluia
Yoshua, toi, le seul Dieu
Ecrase la sorcellerie et les envoûtements
Ouvre notre étroit sentier sur la joie, sur la vie éternelle
Je prie pour mon mari dont les oreilles ne se sont pas encore ouvertes aux merveilles de ta Parole
Ouvre ses oreilles, Yawhé
Aide-le à trouver un emploi pour la plus grande joie de nos enfants, de notre famille
Aide-le à arrêter de boire et de fumer
Amen.


Merde ! C’est la partie de sa prière que j’abhorre le plus—ma biographie jetée en pâture aux charognards du quartier.


Je sens le lit bouger : Mwa Kapinga se lève. Je sors de ma cachette sous l’oreiller pour ne pas la froisser.


- Bonjour, lui dis-je, mon ton bougon cachant mal mon irritation d’être tiré du sommeil par ses maudits alléluias auroraux.


- Bonjour, papa, fait-elle de l’air triomphal et pédant des fous de Dieu. T’as fait un terrible cauchemar. Tu m’as réveillée… Tu marmonnais, te tournant et te retournant dans tous les sens, comme si on t’étranglait.


Instinctivement, je porte la main à la gorge comme pour vérifier s’il n’y avait pas les traces des griffes d’un étrangleur. Elle me jette un regard plein de pitié ou de mépris, je ne sais trop.


- Tu devrais prier, Sam, me suggère-t-elle avant de sortir de la chambre.

Avec un grognement, je me retourne, saute du lit et sors de la chambre à sa suite.


Dans le petit living-room, des chaises plastiques s’empilent à côté d’une table ronde plastique sur laquelle s’entasse la vaisselle sale du dîner de la veille. A même le sol, sur deux nattes sur lesquelles on a placé des mousses, nos jumelles de dix ans—Mbuyi et Kanku—se réveillent de mauvaise grâce sous l’assaut verbal de leur mère :


- Des filles qui font la grasse matinée, hein ? Des fainéantes ! Allez, debout ! Priez d’abord, puis allez faire la vaisselle ! Mbuyi ! Kanku ! La vaisselle, j’ai dit !


Elle déverrouille la porte et sort.


Je sors aussi.


C’est l’aube, mais Kinshasa fourmille déjà de vie.


Rumeurs de voix. Pépiements d’oiseaux. Klaxons de taxis-bus. Des sirènes d’usines. Ah, que ne donnerais-je pour que ces sirènes deviennent aussi musique à mes oreilles le matin : Dieu ! un emploi à Tabacongo par exemple pour retrouver le respect de Mwa Kapinga…


Dans toutes les maisons le long de la rue boueuse d’autres alléluias éclatent en staccatos, comme des cocoricos se faisant écho. Des aigrettes dont la ligne d’envol suggère qu’elles proviennent de Brazzaville s’abattent sur notre petite montagne de détritus dans un coin de la parcelle où nous vivons entassés plus d’une douzaine de familles de locataires.


Un autre alléluia éclate comme un coup de pistolet dans la maison voisine et me fait sursauter. Ah, ces putains d’alléluias qui m’empoisonnent l’existence. Avant l’avènement des alléluias dans ma vie, quand Mwa Kapinga revenait du Grand Marché où elle vend de la friperie importée des Etats-Unis, elle m’achetait toujours une bouteille de Primus bien frappée. A présent, plus question de ma bouteille quotidienne de bière fraîche : les Chrétiens du réveil sont sobres et considèrent la bière comme une concoction de Satan, ce que je ne comprends nullement puisque Jésus Christ lui-même avait transformé l’eau en bon vin.


C’est ma faute : j’aurais dû interdire à Mwa Kapinga la fréquentation de ce fou de Dieu qui prêchait entre les étals du Grand Marché. Comment s’appelle-t-il encore ? Ah ! Frère-en-Christ Justin Maloba. Ou plutôt depuis Bishop, mon œil ! Il roule en Mercedes aujourd’hui, le salaud ! Mais il y a un an et demi, c’était tout autre chose. Toute une éternité dans l’existence de ce fou de Dieu…


Je l’ai vu pour la première fois au Grand Marché quand je me suis arrêté à l’étal de Mwa Kapinga pour lui refiler 20 dollars que je venais de soutirer à des travailleurs humanitaires blancs pour une course de taxi qui n’en valait que 200 francs congolais. Des niais blancs si pourris d’argent à n’en point savoir quoi faire : quelqu’un m’a dit que leur salaire mensuel moyen est de cinq mille dollars...


Eh oui, j’étais taximan avec ma petite Renault R4 jaune bringuebalante bien à moi qui me faisait des rentrées de devises et m’obtenait le respect de Mwa Kapinga. Jusqu’à cet accident stupide qui a bousillé ma belle bagnole Renault R4 toute de jaune rutilante. Ah, les soi-disant troupes de maintien de la paix de la MONUC, je vous nique vos salopes de mères !
En une seconde, ma vie a basculé de l’insouciance à la galère. Comme ça là, clac ! comme un ordre donné avec un claquement de doigts.


Je venais de déposer deux clients blancs au Grand Hôtel et me voici au rond-point, tout à l’extrême de la bande de droite, à l’intersection de l’Avenue Batetela et du Boulevard du 30 Juin. Au pied de l’échafaudage jaune et bleu où était perchée une policière de roulage en chemise jaune et pantalon bleu qui dirigeait le trafic, un sifflet entre ses lèvres. Pas mal du tout, cette policière, je me disais en suivant son manège chorégraphié et en pianotant sur le volant au rythme d’un air de JB Mpiana qui jouait sur « Radio Okapi ». Soudain, un Toyota 4x4 fondit sur moi en provenance de Kintambo, perdit contrôle, frappa ma Renault R4 de plein fouet et l’écrabouilla.


C’était autour de midi et le soldat tunisien de la MONUC était déjà ivre mort—c’est du moins ce que me dit la policière de roulage quand elle vint me rendre visite deux jours plus tard aux Cliniques Universitaires. Elle s’étonnait que je fusse tiré vivant de l’amas informe de ferraille qu’était devenue ma pauvre petite Renault R4 bringuebalante jaune ! Je ne m’étais point trompé, la policière était belle et jolie, surtout en tenue civile : deux pagnes et une blouse de tissu « wax hollandais » qui révélaient la sculpture de son corps de miss, des fossettes qui creusaient profondément ses joues quand elle riait et des yeux qui pétillaient lorsqu’elle souriait. Une parfaite « Béloti »—sobriquet que les femmes aux joues à fossettes ont reçu des Kinois depuis la fameuse chanson « Jaria » du groupe « Grands Maquisards ». La pauvre Béloti, elle était plus traumatisée que moi…


On ne poursuivrait pas le militaire tunisien, m’informa-t-elle, surtout que je n’étais pas en règle avec mon assurance. Ces « moniques » ! Ils ne foutent absolument rien, n’interviennent pas quand on massacre des civils, ils ne savent que boire et courir les jupons. Une rumeur court dans la ville selon laquelle l’un d’entre eux serait mort de mort rose au Grand Hôtel pour avoir pris trop de cachets de Viagra… Après tout, n’ont-ils pas raison, les adeptes des églises du réveil qui sont convaincus que la fin des temps approche et que Dieu, par amour pour le peuple élu du Congo, nous a spécialement réservé les tribulations les plus virulentes pour tester notre foi ?


Dans tous les cas, mon accident est survenu deux mois après avoir entraperçu Frère-en-Christ Justin Maloba au Grand Marché… Son prêche était impétueux, comme celui des autres fous de Dieu qui vous harcèlent dans les taxis-bus et les coins de rue avec leur prêche contre une « donation pour le travailleur de Dieu, s’il vous plaît, messieurs-dames ».


Justin Maloba s’était fabriqué une maraca avec une boîte vide de lait en poudre Nido qu’il avait emplie de cailloux et dotée d’une anse de bambou. Il secouait cette maraca lors des multiples « Amen ! » ponctuant son prêche. La maraca dans une main et la Bible dans l’autre, il évoluait en dansant à travers les étals, faisant crépiter sa maraca, postillonnant la Bonne Parole d’une voix de stentor qui noyait les voix des autres colporteurs-chailleurs vendant qui des papiers-mouchoirs, qui de l’eau pure en sachets—avec la bave écumant aux coins des lèvres.


Il s’embarquait ainsi dans des anathèmes bibliques tirés des livres des prophètes les plus furieux de l’Ancien Testament—dans l’indifférence apparente des vendeurs et de leurs clients. Cette première fois donc que je vis cet imposteur, je considérai avec magnanimité et condescendance ce fou de Dieu qui se contorsionnait au nom de Jésus. Mais je l’admirais tout de même pour sa façon de négocier les points tournants de son prêche, cet escroc, réservant le clou pour la chute finale, une prophétie d’Esaïe qu’il prétendait se rapporter directement aux Congolais :


- O mes frères et sœurs en Christ, quand je lis dans Esaïe, prophète de Dieu, qui a vu la gloire du peuple congolais depuis la nuit des temps, je dis toujours, Alléluia ! merci Dieu de m’avoir fait naître Congolais. Car je serai à la table de l’Eternel aux côtés du peuple d’Israël. Amen ! Tout le chapitre 18 d’Esaïe est consacré au peuple congolais ! Je vous lis ce chapitre dans son intégralité et soyez témoins du miracle de Dieu sur le Congo. Dieu dit, car ici, ce n’est plus Esaïe qui parle, c’est la voix du Dieu vivant lui-même qui retentit. Dieu dit donc—que sa Parole reste bénite pour l’éternité—Dieu dit :




Terre, où retentit le cliquetis des armes,
Au delà des fleuves de l'Éthiopie!
Toi qui envoies sur mer des messagers,
Dans des navires de jonc voguant à la surface des eaux!
Allez, messagers rapides, vers la nation forte et vigoureuse,
Vers ce peuple redoutable depuis qu'il existe,
Nation puissante et qui écrase tout,
Et dont le pays est coupé par des fleuves.
Vous tous, habitants du monde, habitants de la terre,
Voyez la bannière qui se dresse sur les montagnes,
Écoutez la trompette qui sonne!
Car ainsi m'a parlé l'Éternel:
Je regarde tranquillement de ma demeure,
Par la chaleur brillante de la lumière,
Et par la vapeur de la rosée, au temps de la chaude moisson.
Mais avant la moisson, quand la pousse est achevée,
Quand la fleur devient un raisin qui mûrit,
Il coupe les sarments avec des serpes,
Il enlève, il tranche les ceps...
Ils seront tous abandonnés aux oiseaux de proie des montagnes
Et aux bêtes de la terre;
Les oiseaux de proie passeront l'été sur leurs cadavres,
Et les bêtes de la terre y passeront l'hiver.
En ce temps-là, des offrandes seront apportées à l'Éternel des armées,
Par le peuple fort et vigoureux,
Par le peuple redoutable depuis qu'il existe,
Nation puissante et qui écrase tout,
Et dont le pays est coupé par des fleuves;
Elles seront apportées là où réside le nom de l'Éternel des armées,
Sur la montagne de Sion.




L’homme conclut son prêche dans une profusion de ses « Amen ! » ponctuels et sous les applaudissements nourris des marchands et des acheteurs qui semblaient pourtant indifférents une minute plus tôt. Je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles : Ces gens croient-ils donc aux histoires à dormir debout racontées par ce colporteur des récits bibliques ?


- C’est ce qu’on appelle un fou de Dieu, j’avais dit à Mwa Kapinga en riant.


Sa réponse aurait dû me mettre la puce à l’oreille :


- Celui qui passe pour un fou pour moi peut bien être un fakir pour une autre personne, avait-elle rétorqué pince-sans-rire. Mwa Kapinga, qui fondait de rire à la moindre de mes blagues scabreuses, avait soudain un air fermé de sœur-en-Christ que je ne lui connaissais pas !


Aveugle au changement qui s’opérait de manière insidieuse en Mwa Kapinga, je me demandais à haute voix, peut-être pour me faire entendre du fou de Dieu, comment ça se faisait que le pasteur du Grand Marché était si bien habillé et semblait si bien nourri. Mwasi, une vendeuse qui occupait l’étal voisin et qui m’avait entendu, m’informa que les habits du frère-en-Christ Justin Maloba provenaient des étals des marchands des fripes et sa nourriture des « malewa », les gargotes tout proches.


Comme je m’étonnais, à nouveau de vive voix, de cette arnaque sur la place publique du marché, Mwa Kapinga me rabattit le caquet d’une réplique cinglante :


- Seul le talent est gratifié. L’homme est un pauvre déplacé de guerre de Kisangani, pour l’amour de Dieu ! Où est ton sens de la charité chrétienne ?


On peut aisément imaginer mon choc quand j’appris, quelques mois plus tard, que le fou de Dieu, s’affublant désormais du titre « Bishop », prélat autoproclamé, avait bâti sa propre église au bord du ruisseau Makélélé, près du Stade Tata Raphaël, où un grand nombre de marchands du Grand Marché—y compris ma femme—se pressaient chaque dimanche pour écouter la Bonne Parole distillée par cet arnaqueur. L’homme est devenu un millionnaire, roule en Mercedes 190, possède une station de radiotélévision évangélique et a complètement altéré ma femme, qui ne jure plus que par le nom maudit du Bishop Justin Maloba !...


Je sors en sursaut de ma rêverie quand Mbuyi m’apporte mon téléphone portable Samsung—un récent cadeau de Mwa Kapinga après qu’un « shégué » plus apte que moi m’ait ravi mon téléphone mobile et sprinté comme un athlète, en pleine journée, sur la Place Victoire, à la grande joie de la foule qui l’avait applaudi. Ah, ce pays est maudit, je vous jure, applaudir un voleur !


- C’est Tonton Kabongo, m'informe Mbuyi en me passant le téléphone.


Je prends le téléphone et la grosse voix de Tony Kabongo me vrille les tympans :


- Sam Tshimanga ! Ça va ?


- Oui, ça peut aller. Et toi ?


- Devine l’arrivage, fait-il.


- Suis pas magicien.


- Quelle mauvaise humeur de grand matin ! Ecoute, je vais en ville, je rentre vers 13 h, viens me retrouver à la nganda. Une bonne bière fraîche va te redonner du moral et te faire vibrer positivement.


- Et ta fameuse devinette, cet arrivage mystérieux ?


- Chanvre de Bumba, mon vieux, bangi pur du terroir de l'Equateur. Pas la blague de la savane du Bandundu. qu'on renforce ici avec du pilipili: c'est la mort, ça , la tuberculose pulmonaire.. Viens, je te dis, du bhang très fort—ça te rentre dans la gorge, et ça te ressort par le nez et les oreilles. Je ne parle même pas des yeux ! Kafu kafu !


- Dis, j’ai pas de fric pour le transport, y a pas moyen que tu viennes me chercher quand tu reviens du centre-ville ? C’est toi qui es véhiculé, non ?


- D’accord, je passe te chercher, à plus.


Il raccroche.


Je rabats, songeur et joyeux, le clapet de mon portable.


Mwa Kapinga, qui était allée se laver, sort des toilettes communes, tenant un seau vide.


- C’était Tony au téléphone ? s’enquiert-elle.


- Oui, je fais laconiquement, conscient qu’elle désapprouve à présent notre amitié.


- Ne nous reviens surtout pas ivre ce soir. C’est toujours pareil quand vous vous rencontrez, vous deux, messieurs les soulards : la bière, la bière, jusqu’aux petites heures du matin. Sois prudent, qu’il te réserve un taxi pour le retour. L’insécurité règne à Kinshasa. Surtout ces jours-ci, avec les kata-kata qui tuent les promeneurs solitaires la nuit.


Je ne dis rien, ma situation est précaire, pourquoi provoquer inutilement la colère de celle qui me nourrit et m’achète des Samsung. Du cimetière de Kinsuka, la voix de mon père Joseph Tshimanga me parvient : « Ah, Samuel Tshimanga, mon fils, quelle honte que de s’accrocher aux pagnes de ta femmes tel l’enfant espiègle qui s’accrochait aux pagnes de Bintu, sa mère ». Je sursaute. Ah, maudits alléluias auroraux. Vivement, le joint chez Kabongo…
***
Illustration: "Quel gâchis !", Barly Baruti © 2008

mardi 25 mars 2008

Kisangani : Génocide sur ma ville

























“They are committing a genocide against the city.”
« Ils sont en train de commettre un génocide sur la ville ».
Colonel Danilo Pavia, Observateur Militaire de la MONUC, 10 juin 2000, Kisangani.
**
Pour jam session, avec accompagnement de likémbé, guitare sèche et drums.
**
Ils sont en train de commettre un génocide sur la ville. L’effroi m’étreint le cœur. Les entrailles se contractent. Pet foireux dans ce coin de mur qui tremble. S’effrite sous la pluie. La pluie de métal.
Kibindankoy !
On peut chier dans son pantalon son pagne sa jupe : la merde n’a plus d’odeur. L’urine est froide. Sans odeur non plus. La seule odeur autour de nous : les relents brûlants de cordite.
Ils sont en train de commettre un génocide sur la ville.
Pluie de fer pluie d’acier pluie de plomb—le mur finit par céder, par s’écrouler. Fuir partir n’importe où. Sortir. Prendre la poudre d’escampette. Sprinter. Pendre les jambes à son cou. Se sauver à toutes jambes hors de cette chaumière en feu.
Kibindankoy !
Déflagration assourdissante. Staccatos d’armes légères. Puis la ponctuation majeure : Kibindankoy !
Je ne sais pourquoi à la Tshopo à Kisangani partout dans la ville : Kibindankoy, c’était le nom qu’on avait donné à la secousse tellurique de la mère de toutes les pièces d’artillerie.
Machine de pluie. Pluie de machine. Kibindankoy ! Ils sont en train de commettre un—Ils sont—génocide sur la ville ! Ils sont en train de commettre un génocide—génocide sur la ville ! Ils font pleuvoir le génocide sur la ville !
Les premiers à fuir, c’étaient les oiseaux ! Aucun chant d’oiseau. Les couards !
Abandonnés dans notre solitude—les Ougandais à l’est, les Rwandais à l’ouest—Tshopo dans l’emprise de la mort par le feu. La mort par le sang. Mort violente.
Ah ! le silence des oiseaux. Le seul bruit, les rires stridents des Ougandais. Ricanements sur des civils terrifiés. Chiant sang et eau. Pissant du sang dans leur coin.
Pas d’accalmie. La pluie est drue. C’est pas la pluie. C’est la grêle sur les toits. Ils font grêler le génocide sur la ville !
Puis soudain, la voix claironnante de l’officier ougandais : « Tokeni kati ya manyumba hiyi ! Tunavunja sasa hiyi manyumba ! » On nous enjoint de sortir des maisons...
Sortir enfin de ce trou. Sous la grêle. On allait détruire le quartier. Pour voir le Rwandais tapi de l’autre côté du quartier.
Dehors, un homme possédé par Shetani—le démon de la mort qui circulait dans la ville dans l’ivresse de la jouissance—crie à un enfant d’aller se mettre à couvert dans sa maison : Ne vois-tu pas, Mtoto, n’entends-tu pas cette grêle de plomb ?
Shetani fit une nouvelle fois crier cet homme dont il avait pris possession : Mtoto, viens donc te mettre à couvert !
La mort soudain frappa cet homme criaillant au seuil de sa maison : La balle lui avait transpercé le cou. De part en part ! Et le Mtoto—sourd-muet, indemne—avait poursuivi son bonhomme de chemin. En riant ! Il n’avait même pas eu conscience de la tragédie.
Al-Shetan travaillait à temps plein.
Derrière moi, une belle jeune femme, un sourire épanoui sur les lèvres ! Une jeune mère avec son bébé dans le dos, le pagne bien serré sur les seins. La jeune femme souriante me dépasse. Horreur ! Son pagne aux motifs « Alphabet ABC » est entaché de sang. Le sang colle à ses fesses, les moule en deux parfaites joues de fesse deux fessiers qui dansent en deux huitièmes de tour opposé : à droite dans le sens des aiguilles d’une montre à gauche dans le sens contraire de celui des aiguilles d’une montre. Quelle cambrure ! Des idées qui germent malgré la grêle de plomb. Attendez : et le sang ! Cet écoulement abondant ! Mes yeux se détachent des fessiers mouillés de sang. Mon regard glisse vers le haut, sur le dos de l’enfant. Horreur ! Un gros trou dans la tête du bébé : robinet d’où s’est évidé tout le sang du petit corps. Mouillant les belles fesses de sa mère ! Ah, ils font pleuvoir le sang sur ma ville ! Ah, le sourire de maboule de cette belle femme à la taille cambrée de supermodel !
Les Ougandais n’avaient pas menti : la destruction de la Tshopo avait bien commencé. Trouver une autre planque : vite ! Comme si les murs allaient me protéger du feu qu’ils font pleuvoir sur la ville !
J’avise la résidence de la sœur-en-Christ Pauline Mujinga. On s’était bien moqués d’elle il y a quelques années quand elle pleurait, nous racontant, à nous moqueurs endurcis, ses « visions » de morts et de morts et de tas de morts empilés. Et la terrible odeur de pourriture sur toute la ville sur tout le pays qui étouffait même les mouches ! Sœur Mujinga, viens donc nous raconter tes visions !, qu’on lui criait de notre repaire de la Nganda Ndjawé à Pumuzika.
Et sans désemparer, sœur Mujinga faisait notre joie et nous racontait en pleurs ses visions de maboule de corps et de corps et de milliers de cadavres en décomposition et l’horreur indescriptible de pourriture d’insectifuge puissant ! Et c’était la risette qui s’élevait dans l’air humide de la nuit. Et nos bouteilles de Skol Primus Heineken Becks St. Pauli Girl cliquetaient dans la gaieté universelle. C’étaient surtout les larmes de Tantine Mujinga qui nous faisaient rire aux larmes. Ah, ils font pleurer des larmes sur notre ville !
Les bondieuseries de sœur Pauline Mujinga nous faisaient aussi pitié : Ah, qu’on soupirait, la pauvre fille luba qui est venue perdre la raison si loin de chez elle, à Pumuzika, pour un Bon Dieu depuis longtemps sourd et muet—et l’on invoquait Nietzsche ! Jésus—Marie—Joseph !
Kibindankoy !
Je me précipite dans le salon de Tantine Mujinga. Les gens gardaient tous leurs portes ouvertes ces jours de la destruction de Kisangani. Je suis dans le salon de sœur Mujinga. Des mois que je ne l’avais pas aperçue dans les rues de Pumuzika. Mon Dieu ! Elle est enceinte : son ventre, un ballon trop gonflé prêt à éclater.
Le mari, Antoine Kayembe, est à plat ventre aux pieds de Mujinga, tremblant de tout son corps, hennissant en langue tshiluba à chaque coup de Kibindankoy—morve et bave sur les jolis pieds de Mujinga !
Kayembe est insensible à la honte dans le salon où l’on s’entassait un chailleur un charretier un infirmier une accoucheuse un instituteur deux élèves du Lycée Mapendano et moi ! Et les gémissements de Kayembe devant l’indifférence générale, alors que c’était Tantine Mujinga qui était sur le point d’accoucher ! Ah, ils font pleuvoir des grincements de dents sur notre ville !
Nuit noire. Pas d’électricité : les Ougandais occupaient le barrage de la Tshopo. Notre lumière : Kibindankoy !
Kibindankoy venait dans un vrombissement de jet supersonique. Puis soudain : un silence de cimetière et une moirure en panoramique. Ah, la mort pouvait-elle donc venir en si belles couleurs ? Puis : une secousse—dense, compacte, irradiante, irrésistible—qui pénétrait les coins les plus intimes de tout objet alentour ; faisant trembler jusqu’à votre pénis et vos couilles ; vous causant des borborygmes insoupçonnés et irrépressibles ; pulvérisant les murs ; hachant les êtres humains ; éviscérant tout homme dans la trajectoire de l’un de ses shrapnels.
Kayembe avait cette fois-ci déféqué dans l’indifférence générale : on avait clairement entendu dans le noir des pets foireux qui ne pouvaient tromper. J’avais moi-même pissé dans mon jean, le bruitage du dégoulinement de l’urine sur le parquet clairement audible.
Je crie alors à Tantine Mujinga, au-dessus du bruit de la mitraille—pas pour couvrir ma honte, on n’avait plus honte : Tes visions étaient bien vraies !
Je devine qu’elle regarde dans ma direction car je l’entends aussi crier : Frère, je crois que je perds les eaux ! Information qui provoque un autre miaulement en tshiluba de frère Kayembe !
Je dis, à part moi : Sale petit bébé ! Tu ne pouvais choisir un autre moment ? Mais je ne dis rien. J’imagine le liquide épais et gluant dégoulinant entre les jambes de Tantine Mujinga, envahissant ses fesses, s’épandant sur l’intérieur de ses cuisses, de ses jambes, touchant enfin ses orteils toujours si merveilleusement pédicurés, se mélangeant à la morve et à la bave de Tonton Kayembe. Dieux ! Je sursaute violemment : c’est des idées lubriques pareilles que tu as le jour de ta mort ? T’es malade ou quoi ? C’est une voix désincarnée qui me reproche mes fantasmes. Dehors la grêle toujours la grêle. Kibindankoy nous donne un court répit.
L’infirmier et l’accoucheuse sont les premiers debout. Je les entends conférer. Il faut partir à la maternité des religieuses de la Paroisse Saint Joseph Artisan sur la 10ème Avenue. Sont-ils donc fous à lier ?
Et on est sur la 14ème Avenue !
J’allais dire : On a un infirmier et une accoucheuse ici-même ; pourquoi ne pas accoucher à domicile ?
Je ne dis rien pourtant. Je tremble. Je gamberge : 10ème Avenue. On est sur la 14ème Avenue. Les Ougandais sont tout autour de nous et leurs positions se relayent jusqu’au Pont Tshopo. Les Rwandais, à en juger par la mitraille de leurs armes légères, seraient autour de la 8ème Avenue.
On est sur la 14ème Avenue. Pour aller à la maternité des religieuses sur la 10ème Avenue dans l’enceinte de la Paroisse Saint Joseph Artisan, il faut passer par la 13ème Avenue Bis—Jésus-Christ, je ne sais plus compter ; je compte avec mes doigts !—puis la 13ème Avenue—puis la 12ème Avenue Bis—puis la 12ème Avenue—puis la 11ème Avenue Bis, au coin du bureau de la Régie des eaux—puis la 11ème Avenue—au fait la maternité est entre la 11ème Avenue et la 10ème Avenue. Putain !, je vais mourir avec la ville à cause de ce stupide bâtard !
Brusquement, une commotion, après un Kibindankoy tout proche. Puis un ralenti en fondu enchaîné. Le temps se suspend dans le salon ; dehors le pilonnage s’accélère en temps réel. La nudité de sœur Mujinga me laisse indifférent. Je tremble. Un bref cri d’émoi des lycéennes—Elikya ou espérance en lingala—Elikya était née une nuit maudite du 5 juin 2000 sous la grêle de plomb, dans l’odeur imperceptible de cordite de sang d’excréments d’urine.
J’ai passé six jours chez Tantine Mujinga et Tonton Kayembe sur la 14ème Avenue de la Tshopo. La peur soudain bannie de nos cœurs par les cris d’espoir de la miraculée appelée Elikya qui tenait à pleines mains les gros seins de sa mère, elle-même d’abord nourrie de biscuits et de boîtes de lait Nido du chailleur dont je m’approprie toute la réserve de cigarettes—trois paquets de Marlboro rouge que j’ai grillés pendant les six jours de la destruction de Kisangani.
Mais à chaque fois que je voulais revisiter les visions autrefois loufoques de Tantine Mujinga, elle changeait fermement de sujet, me faisant parfois douter de mes propres souvenirs.
Kibindankoy, on s’y était faits. Les ricanements des Ougandais sur les toits des maisons à un étage de l’Office National de Logement, on s’y était faits aussi. Les Ougandais avaient fini par découvrir la petite Elikya et le miracle irisé de sa naissance—pensez donc : un infirmier et une accoucheuse bloqués par le hasard de la grêle de feu sous le toit de Tantine Mujinga. Tony Okello, le lieutenant ougandais, l’arme en bandoulière, portait même dans ses bras la petite Elikya. Ils nous avaient approvisionnés par deux fois, les monstres ougandais que nous avons baptisés nos S4 ! Des boîtes de sardines. Deux grandes boîtes de lait Nido en poudre pour Tantine Mujinga. Des boîtes de haricots. Deux grands jerricans plastiques d’eau potable et j’en passe. La consigne était formelle : hapana moto ! Pas de feu : on devait manger froid.
Devrait-on pleurer ou rire de joie, en milieu de matinée de ce samedi 10 juin 2000 quand, à la fin de la grêle et le silence des Kibindankoy, on a retrouvé nos S4—ah, l’atroce grimace sur les lèvres du Lieutenant Tony Okello !—recroquevillés dans une posture ridicule, figés dans la mort dans leurs excréments et dans les excréments des caniveaux, à vingt mètres de la maison où rayonnait, où rayonne encore aujourd’hui Elikya Bilonda Kayembe.
Ah ! je ne sais pas ce que signifie « bilonda » en tshiluba, mais en swahili de Kisangani « bilonda » ou « vidonda » signifie : blessures, plaies, stigmates—nos blessures physiques, nos stigmates psychiques des six jours durant lesquels on a fait grêler le génocide sur notre ville ! Donda nduku—plaie sœur—plaie incurable—nos stigmates sont ineffaçables…
Ah, ma petite Bilonda, devrais-je te raconter que ton père avait chié dans son pantalon ou que j’avais pissé dans mon jean le jour maudit de ta naissance, le 5 juin 2000 ?
Dans la rue, des amoncellements de cadavres—une pourriture à vous faire dégueuler—des chiens errants se repaissant sur des cadavres, se disputant des charognes humaines avec des chats tout aussi ensauvagés—j’ai même vu des poules picorer des cadavres !—une grande odeur de putréfaction, tout comme dans les visions de sœur Mujinga, à la seule différence qu’il y avait des grosses mouches partout—des mouches sortant des bouches ouvertes des cadavres parsemés entassés dans les rues. Et l’odorat avait réapparu en même temps que les oiseaux qui nous avaient désertés pendant les six jours de la destruction de Kisangani. Les couards !
Tout était donc fini. On espérait—Elikya—qu’on pouvait enfin revivre, survivre après ce gén—ce géno—génocide sur notre ville. Kukumisi—bégaiement ! On était tous devenus des bègues ! Des mots nous sortaient à tort et à travers ! On était tous frappés du Syndrome de Gilles de La Tourette. Une ville de traumatisés, de zombies, de revenants !
Tout était donc passé en ce milieu de matinée du 10 juin 2000, croyait-on. Pourtant tout n’était pas encore passé, pas totalement résolu en cette journée maudite du 10 juin 2000.
Sur la 13ème Avenue, de l’autre côté, du côté menant vers le campus, il y avait notre pub Petit-Bois. Le patron du bar, le père de trois de mes copains, on l’appelait aussi Citoyen Petit-Bois. Au quatrième jour de la Guerre de Six jours, les Rwandais avaient décidé de transformer les trois paillottes du pourtour de la piste de danse du Petit-Bois en une morgue de fortune.
Les soldats rwandais n’étaient pas comme les soldats ougandais ou les soldats congolais : ils respectent leurs morts ! Une petite section commandée par un jeune lieutenant était préposée aux pompes funèbres : elle ramassait les cadavres des soldats rwandais tombés et les alignait sur le parquet cimenté des trois paillottes du pourtour de la piste de danse de Petit-Bois.
Al-Shitan—Shetani—le démon de la mort—patrouillait furieusement la Tshopo et était sans doute courroucé par la fin prochaine des hostilités. Le démon de la mort prit donc Citoyen Petit-Bois à la gorge—Papa Petit-Bois qui n’avait jamais haussé le ton de toute sa vie ni fait le moindre mal à une mouche !
Le démon de la mort qui avait pris Citoyen Petit-Bois à la gorge le fit hurler à l’adresse du sympathique lieutenant rwandais des pompes funèbres : C’est pas la morgue ici ! C’est pas la morgue ici ! Emportez vos cadavres ! Tosha maiti yenu ku parcelle yangu !
Le lieutenant rwandais avait souri au Citoyen Petit-Bois, s’est même excusé pour l’incommodité passagère, pendant que l’une des « Mamans Petit-Bois » (il était polygame) retenait son mari par la main et tançait vertement le démon Al-Shetan qui avait pris possession de la bouche du père de ses enfants.
En milieu de matinée du samedi 10 juin 2000, le dernier cadavre rwandais était évacué des trois paillottes du pourtour de la piste de danse du Petit-Bois.
Les soldats rwandais avaient même passé la serpillière sur le parquet cimenté des trois paillottes du pourtour de la piste de danse du Petit-Bois.
Mais ils sont revenus au Petit-Bois—les soldats rwandais si prévenants—en début d’après-midi de ce samedi 10 juin 2000 avec, à leur tête, Al-Shetan en furie. La parcelle du Citoyen Petit-Bois fut proprement nettoyée—Papa Petit-Bois ; les trois Mamans Petit-Bois ; trois fils ; six filles ; huit petits-fils ; quatre petites-filles ; six petits-neveux ; sept petites-nièces ; quatre voisins qui venaient féliciter Citoyen Petit-Bois pour avoir tenu tête aux soldats rwandais—tous dispatchés auprès du Bon Dieu dans le temps qu’il vous faut pour lire pour entendre ces lignes !
Une seule survivante, laissée à dessein par Al-Shetan comme pour signer de sa griffe son passage : Basekawike—une attardée mentale de six ans—la petite-fille du Citoyen Petit-Bois qui—bavant—répétait, répétait en boucle, comme un CD éraillé, les quatre premières lignes de l’Ave Maria en swahili : « Nakuamkia Maria—Umejaa nema—Mungu awe nawe—M’barikiwa wewe kuliko wanawake wote »… De qui Al-Shetan se moquait-il donc ainsi ? Sur qui Al-Shetan pétait-il donc ainsi ?
Inconsciente de la tourmente autour d’elle, la pauvre petite Basekawike avait ânonné ces quatre premières lignes de l’Ave Maria sans s’arrêter, les bras étendus en ailes, tournoyant en orbite autour de la piste de danse circulaire, tel un oiseau blessé, la voix s’enrouant chaque heure chaque jour d’un grand cran, jusqu’à la mi-journée du mercredi 14 juin 2000, quand elle s’abattit—morte—sur la piste de danse du Petit-Bois !
A la Tshopo, on ne pouvait décider des deux malheurs, quel était le plus grand : les six jours de la grêle de plomb et des jeux de lumière des Kibindankoy ou les cinq jours de douleur inexprimable de la petite Basekawika—douleur oscillant dans le sillon des quatre premières lignes de l’Ave Maria en swahili, zézayées en boucle exaspérante. Ah, pourquoi Al-Shetan avait-il donc pris le contrôle de la bouche de ce vieillard lokélé pour plonger notre quartier dans ce double deuil sans nom, sans aboutissement ?
Ah, ils ont—commis—fait pleuvoir—un génocide sur ma ville !



***



(Illustration: Barly Baruti © 2007)






dimanche 23 mars 2008

Bagraines

























Description du recueil en quatrième page de couverture :

Ce recueil comprend trois textes courts. « Bagraines »: Dans la forêt vierge du Haut-Zaïre [aujourd’hui Province Orientale], la traque de l'éléphant est chose relativement facile. Mais la forêt peut parfois vous réserver des surprises désagréables… C'est ainsi que pour cinq jeunes braconniers, ce qui débute comme une simple routine tourne vite en mésaventure macabre. « Cœurs parallèles » : Bombesa, au Congo Belge, était un petit village tranquille jusqu'au jour où, dans une bagarre, un soldat y trouve accidentellement la mort. « Les Assassins de la Rumba » : un père cloué au lit par la maladie, sa femme et son fils. Dans la chambre du malade, la mère et le fils parlent de la terrible chose qui rôde sur le pays, la ville, le quartier….

Auteur : Jimi Yuma
Date de parution : 05/2000


ISBN : 9782738445971
Editeur : L'Harmattan
Nombre de pages : 80
Poids : 110 g
EAN : 9782738445971
ISBN : 9782738445971
Prix : 8,69 € (recueil disponible chez Alapage et Amazon.fr)

Pour parer d’avance un coup de Gangoueus, critique sévère :

Je viens de me rendre compte que la première nouvelle, Bagraines, qui donne le titre au recueil, a été profondément influencée par une nouvelle d’Ernest Hemingway lue dans mon enfance. Cette intertextualité très rapprochée est palpable dans au moins un point marquant de la nouvelle. J’ai aussi écrit ces nouvelles comme qui dirait debout, en plein milieu de mon cycle postuniversitaire…
Au fait, je ne savais pas que le recueil avait été réédité en 2000.




samedi 22 mars 2008

Ouverture: Bas les masques !

























Hier vendredi, c’était le premier jour du printemps. Pour les amateurs de l’astrologie symbolique, dont étaient sans doute les révolutionnaires français qui ont produit le calendrier républicain, Jupiter s’occupe à raviver la vie entrée en hibernation pendant l’hiver.
On avait ici Franz, déterminé à donner un coup de pouce à Jupiter dans le « jardin », en y plantant quelques fleurs. Une petite voisine de 10 ans, Bobbie—que je m’entête à appeler Robbie, pour peut-être ne pas la confondre avec un ancien colocataire à Cambridge, a reçu une petite leçon de jardinage dispensée par Franz.
Moi, je ruminais la petite prise de bec que j’avais eue avec Claire, une lectrice de mon ancien blogue et donc amie virtuelle, qui s’était quelque peu interloquée par le paravent de mon nom de plume. Jupiter aidant, j’ai donc décidé de lancer ce nouveau blogue pour les amis internautes avec qui j’échange depuis quelque temps…
Bas les masques donc…
La vie est après tout fort courte pour la dépenser en cachotteries avec ses propres amis. Me voici livré à vos regards…
Dans mes ruminations, j’ai aussi redécouvert une vieille photo, qui illustre la fragilité de la vie, et qui me montre sur l’une des tours des « Twin Towers », les Tours Jumelles fatidiques de New York City, depuis lors englouties dans le feu de la folie humaine. Vieille photo que j’avais scannée il y a quelques années. Cette photo est malheureusement floue. Il y a une photo jumelle, plus claire, que je n’avais pas scannée et qui se trouve dans les cartons que j’ai entreposés chez un ami quand j’avais déménagé de Cambridge l’année passée. Je l’afficherai un jour sans doute…
Ces photos prises sur l’observatoire perché sur l’une des tours—je ne sais plus laquelle—l’ont été au début des années 1990. A regarder ces photos, je me dis toujours que si les fous de Dieu avaient frappé ce jour-là, je ne serais pas là aujourd’hui à taper ces mots sur le clavier de mon ordinateur portable. Et ma dernière-née n’aurait pas vu le jour. J’avais comme une prémonition ce jour-là. Je ne hais pas particulièrement les hauteurs, mais j’avais résisté de monter à l’observatoire, et j’y suis monté à mon corps défendant !
La vie est donc fragile et on doit essayer de vivre chaque seconde intensément.