La ville brûle. Le pays brûle. De crise…Un sac de riz vietnamien de 60 kg coûte 60 dollars ! Un dollar le kg donc… Nous qui étions le grenier de l’Afrique centrale. Où sont partis nos bons colonisateurs belges ?
Pendant ce temps, l’argent ne circule plus—mantra des Kinois—et le salaire mensuel moyen du secteur public est embourbé au-dessous de 20 dollars et celui du secteur privé (fait essentiellement de marchands libanais et indopakistanais) flottant autour de 30 dollars. Le chômage étant par ailleurs aussi universel que la malaria, qu’on ne s’étonne donc pas que l’expression lingala « mboka epeli »—la ville brûle—soit devenue l’équivalent de « comment ça va », refrain rabâché même par des enfants avant de savoir dire « tata na maman », que des sapeurs-pompiers dressent des embuscades aux 4x4 neufs pour « contrôler » s’il y a des extincteurs à bord, que les uniformes jaunes-bleus des policiers de roulage soient devenus la marque de Lucifer pour les automobilistes, que des familles mangent par rotation enfants-adultes tous les deux jours, que des filles considérées consomptibles dans notre culture soient interdites de scolarité dans certaines familles modestes à cause des frais de scolarité prohibitifs, qu’on rejette dans la rue pour tare congénitale de sorcellerie des orphelins laissés par des sœurs ou des frères contrairement à toutes les traditions ancestrales, que des parents vendent légalement leurs fillettes au plus offrant sous la rubrique comptable falsifiée de la dot…
Une humanité grouillante de voleurs, d’affamés, de politiciens cannibales, d’« injurologues », de mendiants, de « parlementaires debout », de prêtres et prélats concupiscents, de pasteurs arnaqueurs, de putes et de proxénètes—voilà ce qu’est devenu le pays pour lequel un fou nommé Lumumba a sacrifié sa vie. Voila ce qu’est devenu le pays de l’homme « zaïrois authentique » et digne de Mobutu—mon pays ! Ah, Lumumba, prophète de nos cauchemars, nous voici aujourd’hui « bétail humain » de ton poème cinglant. Voilà ce que cinq années de guerre et de longues années de pillage du pays ont fait de ta Léo chérie.
Dites aujourd’hui à un quidam que le grand Manu Dibango a vécu cinq longues années dans cette capitale congolaise des lumières aujourd’hui victime des délestages intempestifs—côtoyant les Kabasele Joseph, les Rochereau Pascal, les Colonel Franco, les Vicky Longomba et tous les autres monuments de la musique congolaise—qu’il vous rira au nez, vous jettera le regard plein de pitié qu’on réserve aux malades mentaux ou vous prendra simplement pour l’un de ces pasteurs numérologues farceurs, sapés comme Koffi Olomide sur scène et arborant une chevelure hérissée par le gel, qui vous apparaissent soudain à la télé comme par magie lorsque vous ne vouliez que zapper des pubs quelque peu trop longues des bières Skol, Munich, Primus ou Turbo-une-affaire-d’hommes et qui—les yeux fermés, une main tendue au ciel pour faire voir la doublure de soie de leurs vestes griffées et l’autre empoignant un micro—s’exclament avec un redoutable à-propos satanique : « O frères et sœurs en Christ, ne me zappez pas, vous, gens de peu de foi, posez la télécommande sur la table ; approchez-vous plutôt de votre téléviseur ; agenouillez-vous ; touchez le téléviseur ; pourquoi Jésus-Christ me montre-t-il donc le chiffre 3 de la Sainte Trinité si ce n’est pour vous prédire, frères et sœurs en Christ, que dans trois mois, si vous êtes homme, vous obtiendrez l’emploi de vos rêves, et si vous êtes femme, le fiancé que vous désespérez de trouver ? Amen !»
Mais c’est vrai de vrai, Manu Dibango a bien vécu cinq années dans cette ville pourrie : écoutez les chansons « Jamais Kolonga » ou « Ekedy » et les notes du saxophone magique du grand Camerounais vous transporteront aux merveilles de la Léopoldville d’antan. Léo-la-capitale…
Je hais donc spécialement aujourd’hui Kinshasa, ruche bourdonnante et microcosme de cette humanité grouillante et visqueuse congolaise dont la mauvaise odeur de transpiration sous les aisselles vous colle à la peau comme une pellicule—mégapole déglinguée où des cris d’appel au secours sont vite broyés et noyés dans la rumeur de la grande fête perpétuelle des autres. Dansons la kotazo…pendant que dans la parcelle voisine on pleure la mort d'une adolescente...
Stressé comme un chien aux abois, je suis assis devant la nganda Vatican, sur l’Avenue Oshwe, où la tenancière, Maman Papesse, m’a gratuitement offert comme à l’accoutumée une Primus fraîche, parce qu’elle est comme moi originaire de la ville martyre et surtout parce qu’elle sait que je suis fauché comme quatre poches trouées. Maman Papesse, que Dieu Tout-Puissant te bénisse ! Sans toi je serai déjà dix fois mort de faim dans cette ville poussiéreuse, sans amour et ennemie de la charité chrétienne.
Epouse d’expat italien, Maman Papesse n’a jamais oublié les gueux de la ville martyre de Boyoma. Et nous sommes légion, nous les gueux de Kisangani, à défiler chez elle—des éclopés ; des borgnes ; des mutilés de guerre qui persistent à s’habiller en treillis de combat et qui sautillent comme des pantins désarticulés sur leurs cannes de branches de goyavier ; des travailleuses sexuelles trop maigres que tous les hommes évitent désormais de peur de marcher sur la mine ou la bombe biologique du VIH qu’elles sont devenues et de trépasser de la lopema—longue et pénible maladie ; des « veuves de guerre » remariées mais exigeant cependant leur aumône avec la ténacité des naufragés ; des musiciens ambulants jouant des vieux tubes du Dr. Nico Kasanda sur leurs guitares taillées sur des caisses de poissons Thompson munies de fils plastiques de pêche ; des déformés congénitaux qui paradent leurs moignons comme des cartes de crédit ; des aveugles pilotés par leurs enfants ; des retraités escroqués par l’Institut National de Sécurité Sociale ; des paraplégiques rampant avec l’étonnante agilité des bonobos sur leurs sous-mains de bois ; et des « chômeurs américains », c’est-à-dire des mendiants ordinaires bien habillés et bien chaussés comme moi.
Mais je suis devenu Kinois, moi : que l’un de ces handicapés boyomais ose s’approcher et il attrapera mes souliers que j’ai baptisés Armstrong dans le cul s’il est sur deux jambes ou en pleine gueule s’il est reptilien. J’ai d’ailleurs fait un vide absolu autour de moi, déplaçant toutes les chaises vers d’autres tables—quitte à celui que je veux bien voir à mes côtés de tirer une chaise. Et j’ai le visage fermé et des lunettes solaires des barbouzes de l’Agence Nationale des Renseignements. J’apparais donc hermétique, enigmatique et inquiétant. Il y a un moment, jouant le lecteur plongé dans la lecture d’une feuille de chou locale abandonnée par Maman Papesse sur ma table, j’ai majestueusement ignoré les gesticulations de la main de la rampante Isabella, aux deux jambes sectionnées lorsqu’elle a marché sur une mine au Plateau Boyoma à Kisangani, perchée sur son tricycle poussé par l’épave humaine qui fait office ces jours-ci de son fornicateur et pousseur attitré depuis que les deux se sont échoués à Kinshasa. Je n’ai pas fait le théâtre au Collège du Sacré-Cœur pour rien… Si vous êtes mendiant de Kisangani, je suis mendiant et demi : alors, ne venez donc pas encombrer mon espace. Circulez ! De l’air, éclopés de la terre—ce n’est pas chez moi que vous vous unirez !
Assailli par de grosses mouches qui me disputent ma Primus fraîche, je suis précisément assis en pleine mi-journée sous ce parasoleil aux couleurs solaires des Brasseries du Congo sous ce soleil meurtrier de l’hivernage parce que mon « oncle » Montfort Geligba m’a donné rendez-vous au Vatican pour me refiler 20 dollars. J’appelle Montfort « oncle » et il m’appelle « oncle » pour la bonne raison que je suis de la tribu mongando et que lui est de la tribu topoke. Nos deux tribus s’appellent « oncles » comme on appelle aujourd’hui les Belges nos « oncles » et nous entretenons donc, dans la bonne tradition intertribale de chez nous, des relations de plaisanterie agressive.
Montfort s’est bien adapté à cette ville de pingres. Il est homme à tout faire : photographe, vidéaste des deuils et des autres occasions, récemment « ingénieur frigorifique » (il a réparé il y a deux semaines un vieux congélateur du Vatican que Maman Papesse allait jeter), mécanicien, et parfois chauffeur du petit parc automobile dont s’est doté Nono, un Lokele et donc mon autre oncle traditionnel, victime occasionnelle de mes pleurnichements d’affamé et de déplacé de guerre.
Certaines gens en ont si marre de mes complaintes de déplacé de guerre qu’à la dernière assemblée générale de la mutuelle Tout Boyoma regroupant tous les ressortissants de Kisangani dans la capitale, j’ai clairement entendu un petit groupe murmurer urgemment au Secrétaire Général de ne pas me passer le micro car j’allais monopoliser la parole avec mes « sanglots de mendiant comme si la guerre n’était pas terminée depuis des années et les Rwandais tranquilles chez eux ! » Vraiment ! Quel culot ! C’est au point de regretter la période héroïque de l’occupation rwandaise à Kisangani—ils n’auraient pas osé me faire un tel affront dans la ville martyre !... Je les aurai fait fouetter sur leurs fesses nues de fils de putes ! Comme quoi : l’existence, c’est comme les couilles du bouc de la boutade—elles vont à droite puis à gauche, de gauche à droite. Un cycle sans fin qui ne stoppe qu’à la mort. Je suis dans ma période des couilles à gauche, mais qui sait ? un jour elles se donneront un coup de pouce et reviendront en position positive sur la droite. Un proverbe swahili : hauyafa hauyaumbika, tant que tu n’es pas mort, tu n’a pas encore été créé. Méditez cette sagesse swahilie, bande de cons ! Alors, tenez-le vous pour dit, moqueurs, je serai créé et trois fois récréé un jour.
J’ai grand faim mais je ne peux rien demander à Maman Popopo qui vend des maboke et des chikwanges de l’autre côté de la rue, à côté du bar de Sony Liston, le président-à-vie de Tout Boyoma, un autre Lokele que je retape parfois quand ma faim chronique me terrasse et quand Maman Papesse est en voyage : on m’a dit que Sony Liston est à Brazzaville pour affaires quand je suis passé le voir il y a une heure... heureusement, Maman Popopo était aux toilettes.
On peut être fauché mais on doit garder une certaine dignité. Je salive donc quand le vent porte l’odeur des maboke dans ma direction mais j’essaie de ne pas regarder dans cette direction de peur que Maman Popopo ne croise mon regard d’affamé, ne s’inquiète à haute voix de ma perte de poids et ne m’offre une liboke et une chikwangue. Au fait, tant que j’y suis, je change de table afin de mettre entre Maman Popopo et moi la barrière du 4x4 Mercedes Benz ML320 Luxury bleu marine de Maman Papesse. Voilà…
De cette position stratégique je peux surveiller toute l’Avenue Oshwe et voir Montfort de loin avant qu’il ne me repère. Je suis certain que cet imbécile de Topoke m’évite ces derniers temps, séchant systématiquement nos rendez-vous. Je le mettrai avant longtemps sur ma liste noire des faux frères…comme ces impertinents de l’assemblée générale de Tout Boyoma.
Merde ! Un jeune Nigérian remonte à tombeau ouvert l’Avenue Oshwe sur une moto Yamaha pétaradante, relève la roue avant et roule sur la seule roue arrière sur plusieurs mètres, fait redescendre la roue avant sans anicroche, écrase le frein arrière et la moto fait un demi-tour complet qui soulève une grande gerbe de poussière, avant de s’arrêter en parfait alignement avec les autres motos alignées au stand des Ndingaris vendeurs de motos devant la maison voisine. Rires et applaudissements s’élèvent de la petite cohue des Ndingaris ouest-africains.
Le jeune Ndingari saute sur une deuxième moto… Ah, c’est le jour du réchauffement des moteurs des motos en vente. Ils vont faire comme ça des allers-retours incessants sur Oshwe dans un tintamarre assourdissant et des colonnes suffocantes de fumée et de poussière. Ils se croient en territoire occupé, ces Ndingaris, pardieu ! Plus de quatre pâtés de maisons de chaque côté de l’avenue devant lesquels ils vendent des motos, des hors-bords et des pièces de rechange de tout genre. D’où apportent-ils cette camelote ? Pas du Nigeria quand même, ça doit être de Dubaï. Et il y a des Balubas diamantaires friqués pour acheter toute cette quincaillerie…
L’Avenue Oshwe a d’ailleurs toujours été territoire ndingari. Sous Mobutu, il y avait un patriarche ndingari—un Sénégalais, copain de Mobutu, selon la Radio Trottoir—qui distribuait lors de chaque Fête de l’Aïd des sacs de riz, de haricots et de la viande Hallal dans chaque famille de chaque parcelle de l’Avenue Oshwe ! L’argent lui est si bien monté au cerveau en quatrième vitesse qu’il voulait macadamiser à nouveau toute l’Avenue Oshwe. Il avait même déjà fait venir des bennes de caillasses et de sable. Sans autorisation préalable du Triangle des Bermudes du bakchich des services du cadastre, de l’urbanisme et de l’Hôtel de ville. Mobutu a eu vent de l’insulte de son copain et l’a fait amener dans sa villa du Camp Tshatshi par ses commandos ngbandis de la Division Spéciale Présidentielle. Le Grand Léopard aurait proprement tancé son copain et même menacé de la chicotte que ses frères ngbandis de la DSP savaient si bien administrer à ses opposants. Depuis lors, Oshwe est restée une avenue boueuse, sauf une infime section au macadam qui s’écorne comme un vieux livre. Grande honte pour une avenue qui mène en ligne droite au Stade Tata Raphaël, théâtre du Rumble in the jungle entre Mohamed Ali et George Foreman. On devrait laisser ce Ndingari réfectionner cette avenue !...
Ma mendicité à Kinshasa est un accident de parcours de la vie. J’étais postier à Kisangani, moi, fonctionnaire de l’Etat de grade « Chef de bureau », impayé pendant quinze ans. Je suis même allé en stage de six mois en Egypte sous Mobutu. Je voulais être intégré à l’Office National des Postes et Télécommunications ici à Kinshasa, mais ces corrompus ont décidé que j’avais commis le crime d’abandon de poste et que je devais regagner mon poste à Kisangani. Savent-ils seulement que ma tête ne vaudrait pas un centime « sengi » si je rentrais à Kisangani après la petite terreur que j’y ai semée et sans la protection de ma garde rapprochée ? Les autres étaient malins, eux, ils n’étaient que des sous-fifres. Où est Ikangalambo aujourd’hui ? Il est resté à Kisangani, des inconnus l’ont kidnappé une nuit de joie devant tout le monde entre les deux nganda jumelles et rivales baptisées par les clients Iran-Irak sur la 17ème Avenue de Pumuzika, puis silence radio total, « le Manitoba ne répond plus », mon ami d’enfance et lieutenant de toujours disparu à tout jamais !
Quelque temps après avoir été éconduit par les grosses légumes de la Poste de Kinshasa, notre Office subit la restructuration du Fonds Monétaire International et on a mis à la retraite tous les postiers de ma génération. Des cadres de valeur mis au rencart par des décideurs myopes, esclaves des institutions financières internationales. Comme quoi : ce pays n’ira nulle part ! Me voici donc réduis à l’état où je suis. Moi qui faisais la loi à Brom, ville martyre.
Je m’appelle Bill Rocky Mississipi, j’ai 45 ans, je suis le président des « déplacés de guerre » de la Province Orientale à Kinshasa, et mon gang dans la commune de Mangobo à Kisangani s’appelle Etats-Unis. Au cours des enrôlements aux élections, quand j’ai décliné mon nom pour avoir ma Carte d’électeur, l’officiel de la Commission Electorale Indépendante du bureau de vote de mon quartier, un trou boueux au fin fond de la Commune de Selembao, avait tiqué et m’avait regardé de travers. Je l’ai fixé avec mon regard de tueur et il a ravalé ses commentaires avant même que de les sortir de sa bouche pourrie d’édenté. Et chaque fois que je produis ma carte plastifiée aux voleurs qui passent abusivement pour des « agents de l’ordre » dans les rues de la capitale, ils font toujours des gorges chaudes au sujet de mon nom. Mais je suis toujours patient et je garde mon calme. S’ils s’entêtent à se moquer, je leur produis alors le « Bill Rocky Mississipi » de ma carte de président des déplacés de guerre de la Province Orientale, signée de la main de la sœur jumelle du Président de la République, Mademoiselle Janet Kabila, Présidente de la Fondation Mzee Laurent-Désiré Kabila, sur le Boulevard du 30 Juin, où je me suis fait matraquer hier par des policiers comme moi amaigris par la faim, au cours de la mêlée occasionnée par la distribution occasionnelle des vivres. Cette carte a une façon miraculeuse de leur rabattre le caquet. Ces gosses ne savent pas qu’ils jouent avec une bombe à retardement : je suis suicidaire, moi, et je pourrais leur causer des dégâts irréparables si je perdais les pédales un jour suite à leurs tracasseries incessantes. On n’est plus sous Mobutu qui nous a fait changer de noms, sacrebleu ! Et je peux tout aussi bien m’appeler Benoît XVI si je le voulais et je ne vois personne dans ce pays de fous pour me contredire, nom de Dieu !
Ne me demandez pas pourquoi on a donné à notre groupe de résistance à l’occupation rwandaise le nom « Etats-Unis », le nom même du pays qui a armé et encouragé le Rwanda à nous agresser, à occuper notre territoire, à piller nos ressources et à violer nos femmes. Nous avons simplement très tôt fait la découverte que les bandes rouges du drapeau américain ainsi que les bandanas rouges dont on se ceignait la tête jetaient la terreur de l’Eternel des Armées parmi les soldats rwandais. Comme le jour où l’un d’entre eux a même osé venir passer la nuit dans notre commune chez une travailleuse sexuelle mongando. Vraiment! ma tribu me fait parfois grande honte. Quelle tribu de perdants, de mercenaires et d’entremetteurs ! Vendre le corps des femmes de notre tribu aux occupants pour 20 dollars et boîtes de conserve la nuit !
Dès potron-minet, on avait commencé par investir et par raser la parcelle de ces Bangandos après les avoir proprement tabassés. Puis, on s’est saisi de ce Rwandais lubrique, qui se cachait dans les lieux d’aisance bordés de rameaux et qui croyait que sa kalachnikov et la vue des corps des six de nos camarades qu’il avait criblés de balles allaient nous injecter la peur du Bon Dieu dans les cœurs et nous faire fuir. Là où il se trouve aujourd’hui en enfer, il raconte sans doute à son ami Lucifer qu’il ne faut pas jouer avec les Lokele, les Topoke, les Basoko, les Bangelema, les Bamanga et toute la grande diversité des tribus de Mangobo. Il y avait même dans nos rangs des Mbuza et des Ngbandis de l’Equateur ainsi que des Baluba des deux Kasaï et des Bakongo du Bas-Congo ! Toute la rose des vents des tribus du grand Congo...
La kalachnikov s’est enrayée et on a fini par mettre la main au collet du soudard. On l’a déshabillé et on l’a ligoté—sa bitte incirconcise faisant la joie des garçonnets et des fillettes, qu’on a vite renvoyés chez leurs parents : on avait assez de traumatisés comme ça.
Ikangalombo, mon « commandant en second », voulait abattre le Rwandais sur le lieu même de son méfait lubrique à présent doublé du méfait impardonnable de la mort de six de nos camarades, au Quartier Mituku, avec sa propre kalachnikov. J’ai dit non. J’ai hurlé au-dessus de la mêlée qu’il fallait emmener l’homme devant la Paroisse Christ-Roi pour le brûler vif.
Inquisition made in Etats-Unis.
Chemin de croix du brave saligaud de Rwandais qui nous lançait l’insulte ultime en refusant de pleurer sous nos coups ou de nous supplier de lui laisser la vie sauve. Je suis certain qu’en enfer où il brûle pour l’éternité, Lucifer lui aura déjà décerné plusieurs médailles de bravoure militaire.
Le brûler vif, comme on le faisait avec des rats quand on était gosses. Ikangalombo sortait la souri de la souricière métallique par la queue et je l’aspergeais du kérosène de la lampe-tempête. Avec des allumettes Léopards, Ikangalombo brûlait alors l’animal dégoûtant qui nous rongeait la plante des pieds et les orteils dans notre sommeil… C’était beau, le spectacle de ce corps en flammes courant en zigzag comme voulant échapper au feu à ses trousses alors qu’il était déjà tout entier feu et possédé par le feu.
Ma proposition de passer le Rwandais par la torture du collier avait allumé une lueur inquiétante dans le regard de mon ami d’enfance. Je découvris alors qu’Ikangalombo était un incendiaire né et qu’il était peut-être responsable des incendies criminels inexpliqués qui avaient dévasté notre commune au cours des ans—incendies des bars surtout, lui qui faisait pourtant partie de ceux qu’on traitait de « mouches des bars ». Les bars Synagogue (dont l’appellation avait causé en son temps l’outrage de Mgr Augustin Fataki, l’Archevêque de Kisangani—paix sur ton âme, grand philosophe et appréciateur de l’eau vive « lotox » de chez nous), Montana, Chez là-bas, Palmiers et Zokoto se sont ainsi inexplicablement consumés dans les cendres.
On est donc descendus avec notre soldat Rwandais sur la Paroisse Christ-Roi, en chantant, tous arborant des bandanas aux couleurs américaines, derrière notre drapeau des Etats-Unis déchiré. Un petit kadhafi nous donna sans broncher deux litres d’essence et un quado un pneu d’occasion—tous deux « opérateurs économiques » du marché en face de la Paroisse Christ-Roi où Ikangalombo et moi avions été baptisés et confirmés les mêmes jours par Monsieur l’Abbé Othon (baptême) et par Mgr Fataki (confirmation). Quelqu’un avait alors émasculé le Rwandais nu avec un panga, un autre lui a jeté le pneu du quado autour du cou, et mon ami Ikangalombo avait vite sorti son inamovible boîte d’allumettes Léopards avec une joie de psychotique. Horrible ! Je sens encore l’odeur de la chair carbonisée… et la fuite aveugle du Rwandais, comme les rats de notre enfance.
Je ne pouvais plus contrôler la foule des Etats-Unis. Ils voulaient tous descendre en ville et chasser tous les Rwandais de la ville de Lumumba ! Je ne savais pas qu’il y avait autant d’armes à feu à Mangobo : des kalachnikov, des Moser datant de la Deuxième Guerre Mondiale, des mousquets pupu des esclavagistes arabes, des FAL, des mitraillettes Vigneron, des FM 24/28… Sainte Mère de Dieu !
Je suis descendu avec les Etats-Unis au centre-ville juste pour avoir l’œil sur Ikangalombo et ses allumettes Léopards. De peur qu’il ne mette toute la Commune de la Makiso à feu.
A Kisangani, j’ai la réputation d’un foudre de guerre au même titre que Colonel Ikuku ou Général Budja Mabé. Mais je sais que je n’avais commandé personne ce jour-là quand on est descendus sur le centre-ville comme une grande inondation du Fleuve Congo, balayant tout Rwandais sur notre passage. Si j’avais commandé quoi que ce soit ce jour-là, j’aurais envoyé un détachement à l’Aéroport de Bangboka (d’où nous est venue la mort de Kigali), un autre détachement sur la même route de Bangboka pour l’ancien camp des commandos et au Camp Lukusa sur la rive gauche du Fleuve Congo. Pour neutraliser ce que je considérais comme les trois points névralgiques de l’ennemi. Si j’avais su où se trouvait Nkundabatware, on ne parlerait plus de ce bandit et il n’y aurait pas « terrorisme sexuel » dans les Kivu aujourd’hui. Quelqu’un m’a dit plus tard que Nkundabatware était avec une fille à l’Hôtel des Chutes. Incroyable ! Ce renégat était donc là, à notre nez et à notre barbe. Qu’il continue d’offrir des Congolaises et des Congolais comme holocaustes à son maître Lucifer pour l’avoir épargné ce jour-là… C’était là notre grande faiblesse, on n’avait absolument aucune intelligence sur l’ennemi—des amateurs suicidaires.
Quelle journée glorieuse tout de même !
Comme des fous, on est plutôt allés à l’antenne provinciale de la Radiotélévision Nationale Congolaise où on a surpris Ndoki Botanga, « speaker total » comme il aimait se présenter, en pleine rubrique des « Disques demandés » qui abrutissait la masse avec la danse ndombolo. Botanga était « speaker total » parce qu’on le retrouvait presque dans toutes les émissions en langue française de la RTNC/Kisangani avec son accent pédant de Radio France Internationale, cherchant ses mots même quand il n’avait pas à les chercher avec des « bon ben euh », des « euh » traînants et des soupirs, parlant du nez comme un mundele, lui qui avait de grosses narines de carabine à deux canons. Et toute cette pédanterie éhontée du français de Radio France Internationale dispensée à un peuple cassé, écrasé, terrorisé, malmené, matraqué sur le ventre, violé et pillé sous occupation étrangère… Cet homme faisait la honte de tous les guerriers topoke.
La foule, après avoir coincé le régisseur et d’autres techniciens dans la régie, me réclame : « Que Vieux Mississipi vienne faire une déclaration pour Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa ! Que le Mzee entende notre triomphe ! Que Vieux Rocky vienne parler. Qu’on envoie les troupes gouvernementales à Kisangani ! On a conquis la ville ! » Il y a même un fou pour crier : « Que Mzee Kabila arrive à Kisangani ! »
Pauvres connards ! Ils ne savent donc pas qu’on n’a plus des paras comme sous Mobutu ; et quand bien même ils seraient là, ça prendrait à un C130 Hercules au moins quatre heures pour atteindre Kisangani à partir de Kinshasa. Les pauvres imbéciles ne savent pas que le pays était depuis longtemps mort et enterré !
Je joue des coudes pour rentrer dans le studio bondé et je vois Ndoki Botanga recroquevillé en position fœtale dans un coin. Il a le visage ensanglanté et tuméfié. Je lui dis salut et il marmonne quelque chose en me reconnaissant, l’espoir s’allumant dans son œil grotesque quand j’engueule ceux qui le harcèlent de leurs insultes et du bout des canons de leurs kalachnikovs. Un collègue des humanités littéraires au Collège du Sacré-Cœur de Kisangani, ce Ndoki Botanga. Je n’avais pas eu la chance qu’il a eue d’aller au campus de Kassapa à Lubumbashi d’où il nous est revenu licencié en relations internationales et Kassapard plus vantard qu’un Muluba ! Mais je me dis, cette mi-journée-là, qu’il me fallait redéfinir le concept de la chance. Entre lui et moi, ce jour glorieux, je sens la veine charriée par toutes les veines, artères et fibres de mon corps. J’étais Bill Rocky Mississipi, Commandant Suprême des Etats-Unis—et non la loque humaine écrasée à mes pieds et dont la vie dépendait de mon caprice.
Brillant élève, favori de notre Recteur, le Révérend Père Marcel Spoo, Ndoki Botanga était toujours premier dans toutes les branches. Chaque année, grand prix de version latine. Dans sa tombe du cimetière de Saint Gabriel à Simi-Simi près de l’ancien aéroport de Kisangani, le Père Marcel Spoo doit rougir de honte de s’être si gravement mépris sur ton compte, collaborateur misérable ! Ah, Ndoki Botanga ! Fils de guerrier topoke, quelle ignominie pour toute une tribu valeureuse ! Catholique et fils de catholiques. Jusqu’à l’arrivée des Rwandais et du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, fier habitant du Quartier Alur de Mangobo ; soudain propriétaire d’un grand immeuble exproprié au centre-ville. S’il est des gens pour croire que la vie s’arrête dans leurs malfaisances présentes, Ndoki Botanga était certainement de ceux-là.
Je m’approche du micro et j’énonce clairement dans une imitation que je trouve réussie de l’accent des speakers français de Radio France Internationale, en fixant l’œil intact de Ndoki Botanga, pour me moquer du « speaker total » : « Citoyennes et Citoyens, les Etats-Unis ont libéré la ville révolutionnaire de Kisangani. Ne laissez aucun répit aux criminels de guerre occupant notre pays et à leurs fantoches collaborateurs. Moi, Bill Rocky Mississipi, Commandant Suprême des Forces Armées de résistance des Etats-Unis, je demande instamment à Mzee Laurent-Désiré Kabila d’envoyer l’Armée Nationale Congolaise pour nous renforcer. Vive Lumumba ! Vive Kabila ! Vive le Congo ! »
Je fais signe au régisseur de mettre de la musique. Et « Indépendance cha-cha » de Kabasele Joseph éclate dans le studio, se relaie à travers les ondes hertziennes sur la ville, sur toute la province et bien au-delà. Liesse dans les quartiers de Brom…
J’avise Ndoki Botanga et lui demande si sa Pajero est parquée devant la radio. Il opine de la tête. J’ordonne à Botomoindo, taximan de son état avant la disparition des taxis de la ville martyre, de se faire accompagner par deux de nos hommes armés pour conduire Ndoki Botanga au Plateau Médical s’y faire soigner. Une décision que je porte avec regret sur mon cœur même en ce moment où je suis assis au Vatican, trinquant ma deuxième bouteille de Primus. Quoique mon regret soit quelque peu mitigé par le fait que Ndoki Botanga est mort de lopema terminale, il y a deux mois, dans son lit de grand malade aux Cliniques Universitaires.
On verra Ndoki Botanga aux côtés de Nkundabatware et des Forces Spéciales venues de Kigali participer aux massacres qui ont suivi notre défaite. Les détails sont dans les annales des organisations humanitaires internationales : des femmes enceintes éventrées, des familles entières décimées, des recrues de la police asphyxiées dans des containers à l’Aéroport de Bangboka ; des corps mis dans des sacs de jute avec des grosses pierres comme ballasts, jetés du haut du Pont de la Tshopo, l’horreur des pêcheurs lokele habitant dans leurs pirogues devant la brasserie lorsque la Tshopo a vomi les sacs des corps gonflés par la putréfaction. Horreur putrescente de la ville martyre. Et j’apprends aujourd’hui—pays de fous !—que le gouvernement élu négocie avec Nkundabatware, criminel de guerre ! Ah, ce pays est un pays de zombies !...
Pendant que Nkundabatware et ses frères rwandais massacrent des innocents, moi et tous mes Etats-Unis faisons un « repli tactique » dans la forêt de Segama, sur la rive droite de la Rivière Tshopo—les seuls insurgés spontanés de l’histoire à n’avoir déploré aucun dommage collatéral dans leurs rangs mais à avoir causé des représailles indescriptibles parmi des civils. Horreur des horreurs…
- Vieux Mississipi !
Il a failli me donner un AVC avec son « vieux Mississipi ! », ce Topoke de Monfort qui me tapote l’épaule de sa main musclée de déménageur et engueule vertement Jacques, le Kinois bougon qui est barman-en-chef du Vatican, juste pour commander « une Skol pour moi et une autre Primus pour Vieux Mississipi ». Il pose sa caméra numérique sur la table ronde plastique. Je remarque qu’il a les mains couvertes de cambouis et je me demande mentalement s’il n’a pas taché ma chemise blanche en me tapotant l’épaule. Mais je note que je m’étais trompé sur son compte : perdu dans mes pensées, j’avais négligé de surveiller l’avenue. Il avait donc échappé à ma vigilance et aurait pu me laisser poireauter au Vatican. Mon cœur se gonfle soudain d’amour pour lui et pour toute la race humaine.
- Ah, regarde ça, dit-il en reprenant sa camera, pendant que Jacques nous sert. Regarde ! dit-il en me tendant la camera.
Je regarde le petit écran d’affichage de la camera. Une fillette d’à peine quatorze ans—le pagne noué sur les seins et portant un bébé dans les bras, le dos contre un mur rouge—regarde fixement l’objectif comme sur les photos des studios de quartier d’antan.
- Ta nièce ? je demande en lui remettant la camera.
- C’est Solange Menga.
- Et qui est cette Solange Menga ?
- C’est la troisième femme de Sékou, le Guinéen des motos. Et le bébé qu’elle porte, c’est son enfant. J’ai fait dedans hier à l’hôtel de ton petit Kyungu. Six coups—au coup par coup ! Comme ils sont voisins de l’hôtel de Kyungu, elle est passée avec son bébé par un raccourci par derrière. C’est la copine de Kyungu qui chantait des comptines au bébé pendant que je matraquais sa mater.
Ma conscience de Catholique en rémission voue silencieusement ce Guinéen des motos et mon oncle Montfort aux gémonies pour cet acte flagrant de pédophilie mais ma bouche d’affamé s’exclame :
- Six coups ? Où est-ce que tu trouves l’énergie pour faire ça ?
Cette remarque plait à mon oncle qui s’esclaffe :
- Mange des kolas, oncle. Fais comme les Ndingaris. Ils en mangent toujours des quantités.
- Au fait, je croyais que les Ndingaris des motos étaient Nigérians.
- On voit que t’as vraiment perdu l’esprit à Kisangani. Y a pas, t’es traumatisé de guerre ! Les Rwandais t’ont coupé les oreilles ou quoi ? T’entends même pas qu’entre les phrases en ndingari, ils parlent aussi français ? Est-ce qu’on parle français au Nigéria ?
Cette moquerie normale de la part d’un oncle me touche salement mais je laisse passer l’insulte pour ne pas soulever inutilement l’antagonisme de Montfort. Pourtant je commets l’erreur de dire faiblement :
- Mais c’est une enfant !
- Et alors ! dit-il du ton scandalisé du juste devant un tribunal inique. J’suis pas yuma comme toi, fieux… Suis ni Mongando ni Catholique, moi, tu m’entends ?.. Et puis, à y regarder de près, si tu veux blâmer quelqu’un, blâme ses parents qui l’ont vendue au Ndingari. Enfant ! Ecoutez-moi ce croulant de Kisangani ! C’est un boa constrictor, je te dis, qui peut t’avaler tout entier ! Enfant ! T’es con, toi…
Il me tape soudain sur la cuisse et me souffle :
- Ne regarde pas à ta gauche, c’est elle qui vient d’apparaître, elle m’a aperçu. Et Sékou est là, étalé sur sa chaise longue… Le pervers, nyama !
Je prends une gorgée, la bière tombe sur mon estomac vide et y irradie une pulsation de douleur. Je regarde enfin à ma gauche et je croise le regard lascif d’une fillette de dix ans qui masse le cou d’un quinquagénaire. J’aperçois aussi le petit Amiki, un autre chômeur américain, qui descend l’avenue et qui marche comme sur des épines dans ses chaussures de cuir achetées chez un chailleur de souliers de passage dans cette même nganda avec 20 dollars « empruntés » à Maman Papesse, pas plus tard qu’hier. La sangsue, il ne me battra pas aux points cette fois-ci. Il me faut abattre mes cartes vite, avant que Montfort ne l’aperçoive. Sur le compte de trois, j’ouvre la bouche pour demander à mon oncle les 20 dollars qu’il m’avait promis il y a une semaine. Un… deux…
Montfort me donne un coup de coude à ce moment précis :
- Oncle, j’oubliais, prends les 20 dollars que je t’avais promis l’autre jour, me dit-il en me fourrant un « président des Etats-Unis à grosse tête » dans la poche de mon pantalon.
Quel est le nom du connard qui a dit que la télépathie n’existe pas ? Voici ma dignité sauve.
Je me répands en remerciements abjects, suivis d’une quinte de toux qui fait vibrer toute ma structure squelettique.
Kinshasa brûle mais j’ai trouvé mon jeu…
***
Illustration: Meta, Barly Baruti©2008



10 commentaires:
Jean Pierre,
ton art n'a rien à envier aux autres grands écrivains africains célèbres.
Je suis saisie par ton texte, par le ton que tu emploies.
Cette amertume d'un âge d'or passé, ce dégoût d'un pays détruit, et cette banalisation de la mort "le brulé vif" (comme ils disent).
Tu es un vrai congolais et je trouve ça noble.
Un jour j'espère pouvoir écrire avec la même hargne et le même talent.
Bien à toi.
D.
PS: quand une fois chez moi, tu disais avoir un ami nommé Barly.. C'était donc à Barly baruti ("grand art" d'après Mopawo dans sa chanson "sylvie") que tu faisais allusion. Sourire! l'artiste est talentueux, je l'admets.
@ Destinée :
Je te l’ai déjà dit : tu es une écrivaine dont la plume (le clavier, dirait-on ces jours-ci) me fascine. Je vais toujours sur ton blog pour me ressourcer…
Salut JP,
Tu sais que, quand à moi, j'attends des contes joyeux du Congo de ta part ; c'est bien de dénoncer je trouve, et c'est bien aussi de tracer un chemin imaginaire vers le bonheur, pour le préparer.
Il y a autre chose aussi que j'aimerais lire sous ta plume, c'est tout simplement le résumé de la situation au Congo. Comme je te l'ai dit, je ne comprends rien au conflit en cours. Te serait-il possible, un jour où tu aurais le temps, de rédiger un texte permettant à quelqu'un qui ne connait que très peu de choses sur ce sujet, de comprendre la situation ?...
Merci à toi.
Claire
nb : donc, si j'ai bien compris, ton nom de famille signifie "mardi", à l'origine ?
En grèce, il existe le prénom paraskevi = vendredi, savas = samedi, et peut-être dimanche, je ne suis pas très sûre, il me semble.
Voilà, c'était la petite note multiculturelle des droits de l'homme.
Sinon, JP Yuma, ça sonne aussi Puma, mais le puma est d'amérique latine il me semble.
@ Claire :
Merci du commentaire. Kafka, qui a pourtant vécu au cours des années sombres des conflits armés en Europe, n’a jamais fait mention de la guerre dans son œuvre (je le tiens d’un critique). Les récits joyeux viendront, mais je veux d’abord épuiser et fixer la mémoire des horreurs de chez moi… Pour ce qui est de la tâche que tu m’assignes de faire un condensé de l’histoire du Congo, je le ferai (pour toi) dans le cadre de l’autre blog (qui fonctionne toujours, comme Djé a pu s’en apercevoir : au fait, as-tu déjà été sur son blog merveilleux ou sur celui des autres qui sont émargés sur la liste des liens ?)… Okay, je te l’écrirai, ton condensé de l’histoire congolaise qui aura pour titre « La RDC expliquée à Claire », une parodie de « La République expliquée à ma fille » de Régis Debray. Au fait, toi qui aimes Haïti, sais-tu que Debray a écrit sur Haïti ? C’était un rapport commandité par Dominique de Villepin, alors premier ministre, que Debray a transformé en un bel ouvrage…
Il n’y avait pas de nom de famille dans ma famille ; je n’ai pas le patronyme de mon père. Et « Jumaïne », qui est mon « postnom »—terminologie administrative sous Mobutu—signifie bien « mardi ». Mais mon nom « Yuma » (qui peut aussi s’écrire « Juma ») signifie vendredi en swahili, dont le calendrier hebdomadaire reprend le calendrier musulman ! Jumaa, journée dominicale donc...
Journée de repos donc, si j'ai bien compris.
Merci beaucoup d'avance pour l'explication de la situation et de l'histoire du Congo.
Concernant Haiti, je sais que Debray y est allé, et qu'il y a vu des choses difficiles, ainsi que moi.
Tu sais, je ne dis pas vraiment que j'aime ce pays, non, ce n'est pas vrai et je le dis sincèrement. Non, je t'ai dit que je fus avant tout heureuse de rentrer en France. En réalité, j'étais sortie avec un Martiniquais juste avant d'aller à Haiti, mais je n'ai pas du tout retrouvé cette même ambiance là-bas, pas du tout.
Conformément aussi à l'anecdote que tu me disais sur le Haitien te reprochant de bien parler français comme un français, il faut noter que les haitiens ont un rapport très complexe et ambigu par rapport à la france. Dans le musée national d'haiti, il est écrit "plutôt mourir que vivre sous la domination de la France".... Une formulation qui date de l'époque coloniale et de la révolution... formulation à mon avis malencontreuse pour eux, surtout quand on voit qu'ils sont actuellement en train d'agoniser.
En réalité, le sujet m'a intéressée pour son caractère complexe, donc heuristique, mais je préfèrerais aller en Martinique, en Jamaique ou en Afrique, plutôt que là-bas.
Concernant les blogs de tes copains que tu as indiqués sur le site, je ne les ai pas encore visités, mais je le ferai quand j'aurai un peu de temps, sur ton conseil.
A bientôt,
amicalement,
claire
JP,
merci d'apprécier ma plume, t'es bien gentil.
Venant d'un littéraire comme toi, je le prends comme un grand compliment.
Du reste, laisse moi te dire que ton histoire de COMBI dans le commentaire laissé chez moi, m'a fait plier de rire.
COMBI....Hi hi hi! ça me rappelle un scketch des princes du rire de Kinshasa.
Lol. COMBI! je suis morte de rire.
@ PréDestinée:
Je suis content de t’avoir fait rire. C’est qu’on sait bien rire chez nous… Merci d’être repassée.
J'ai découvert le mot combi dans un skecht,
une femme reprochait à sa fille de trop se balader "oza ko tabola trop! ko kita ko mata, lokola combi" ...
j'ai cru au départ que Combi c'était sauterelle. (en fait mon lingala est mauvais, je pratique plus le munukutuba)
j'ai demandé à un tonton kinois, il m'a dit que combi c'était camion.
Bon, bon samedi.
Destinée
@ PréDestinée:
C’est toi qui me fais maintenant rire aux larmes avec ton extrait de sketch : « kokita komata lokola combi ! »
Une combi est un petit bus Volkswagen.
Enregistrer un commentaire